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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
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Страница 32 из 34

Enfin, ma douleur sombre, le désespoir, le désordre de mes facultés anéanties, le déchirement de mon coeur et mes regrets amers avaient totalement éloigné de moi le repos et le sommeil. L'embrasement se mit dans mes veines et je fus moi-même très mal: je voulais mourir, mais mon heure n'était pas venue, et ma jeunesse fut un des moyens dont le sort se servit pour me sauver. Aussitôt que j'eus repris mes forces, je n'eus d'autres pensées que de m'enterrer vive: j'avais tout perdu, la vie m'était odieuse. Un couvent fut le seul but de mes désirs: aurais-je jamais pu croire y trouver quelque adoucissement à mes peines? Mon chagrin serait encore dans toute sa force s'il n'avait été modéré dans tes bras. Souffre, belle et tendre amie, que, pour ma propre satisfaction, je peigne à tes yeux mêmes l'image des doux instants que j'ai passés près de toi et où tu as versé un baume salutaire sur les plaies de mon coeur. Ce penchant qu'on nomme sympathie, cet intérêt qu'on prend aux infortunés par la similitude où l'on peut se trouver avec eux, te fit concevoir de l'amitié pour moi presque aussitôt que je fus dans ton couvent, où je voulais me fixer et pleurer en liberté. Tu pénétras l'état de mon coeur sans en connaître les motifs, tu vins essuyer mes larmes, tu quittais ta cellule pour dissiper ma langueur. Ta jeunesse, tes grâces, tes attraits et ton esprit donnaient du poids à tes discours, mais tu t'apercevais aisément, le lendemain, que la solitude de la nuit détruisait tous les soins que tu avais pris pendant le jour. Tu parvins enfin à partager mes ennuis et mon lit.

Que je fus surprise des trésors que ta guimpe et tes habits recelaient! Cet instant ranima d'un sentiment vif le souvenir de mes peines: tu vis couler mes pleurs, tu en fus étonnée, tu voulais connaître la cause et découvrir un secret que tu as si bien su m'enlever depuis.

Je ne tenais à rien, j'étais dans une inertie totale, à peine aurais-je su que j'existais sans le sentiment de ma douleur.

Je concevais le besoin d'une amie, mais je n'espérais plus en trouver une telle que je la désirais. Ce fut dans cet instant que je sentis plus vivement combien Lucette me manquait, je ne comptais pas pouvoir la remplacer, bien moins me flattais-je d'en trouver une semblable sous le masque qui te couvre. Ton caractère, ton humeur, ton âme vinrent sans déguisement se montrer à moi et se joindre à ta figure charmante; j'en fis quelque temps mon étude, et mes observations furent toutes en ta faveur; enfin ton amitié et ta confiance établirent les miennes. Tes confidences furent payées par celles que je te fis alors, et je trouvai dans tes bras l'adoucissement que tu cherchais à me procurer. Avec quelles satisfactions je me rappelle encore cette nuit où tu me dis:

– Aimable Laure, chère amie, j'ai lieu d'être persuadée que tes chagrins sont cuisants; mais si je puis, en te faisant part des miens, émousser le sentiment de ceux qui t'accablent, j'aurai du moins le contentement que me donnera la diminution de ta douleur.

Tu jugeais avec raison qu'observant une réserve exacte sur le secret de mon coeur, je pouvais aussi garder le tien: tu ne te trompais pas; il me semble encore t'entendre me dire:

– Écoute, ma chère, j'aime, oui, j'aime aussi tendrement qu'on puisse aimer, et j'ai le malheur cruel d'être couverte des livrées religieuses. Des béguines emmiellées et trompeuses ont entouré de murs et de grilles ma jeunesse sans expérience et l'ont attirée dans leur cachot infernal. Mon ignorance, des voeux, des préjugés sont mes tourments; les désirs, mes bourreaux, et j'en suis la victime. La nuit, le sommeil est loin de mes yeux, et les larmes s'en emparent; le jour, tout me déplaît et m'ennuie; mon âme est absorbée: juge de mon état. Libre comme tu es, tu peux au moins sans crainte livrer à l'amant que tu chéris les appas que j'ai vus et que je touche.

Ta main, que tu mis sur mon sein, me fit frissonner:

– Ah! chère Eugénie, te dis-je avec transport, voilà le jour de mon désespoir! je l'ai perdu cet amant que j'adorais, et la mort me l'a ravi. Dieux! que n'est-il ici! mais c'est lui, oui, c'est lui que je tiens.

Je te serrais dans mes bras, tu me faisais illusion. Hélas! le détail de tes charmes, que je parcourus, me rendit à moi-même; ce qui te manquait détruisit le prestige de mon imagination et le fantôme qu'elle se créait. Cependant, tes attraits répandirent sur ma langue tous les éloges que tu méritais si bien. Ton sein, ta taille, tes fesses, tes cuisses, ta motte et ta peau, tout en fut un sujet pour moi:

– Quel plaisir! m'écriai-je, pour ton amant et pour toi s'il te tenait dans ses bras comme je te serre dans les miens.

Tu désirais t'instruire, tu voulais savoir, tu balançais, tu cherchais à m'interroger, et tu n'osais. Je te voyais venir.

Tu pris enfin la résolution de me demander si j'avais connaissance de ces plaisirs et s'ils étaient si grands. Je te l'avouai; je t'en fis une peinture qui t'enchantait sans pouvoir les concevoir:

– Il faut les éprouver, te dis-je. Quoi donc! à dix-sept ans passés ne les pas connaître? Si tu veux, ma chère, je t'en ferai goûter au moins ce qu'ils ont de plus vif.

Ta curiosité, tes désirs que mes caresses faisaient naître et qui firent couler le feu de la volupté dans toutes les parties de ton corps, t'y firent consentir. L'envie de te consoler à mon tour, et de dissiper les ténèbres de ton ignorance, suspendit mes peines. Tu te prêtas à mes leçons: j'écartai tes cuisses, je caressai les lèvres de ton petit conin dont les roses étaient à peine épanouies; je n'osai t'y enfoncer le doigt, tu n'étais pas encore assez endoctrinée pour que tu eusses regardé la première douleur comme propre à produire une augmentation de plaisir. Bientôt je gagnai le trône de la volupté, et ton charmant clitoris, que je caressai, te jeta dans une extase dont tu pouvais à peine revenir:

– Ah! Dieux! me dis-tu, ma chère Laurette, quelles suprêmes délices!

Tu me pris à ton tour pour ton amant; j'étais couverte de tes baisers; tes mains s'égarèrent sur tout mon corps: tu voulus me rendre le service que tu venais de recevoir de moi, mais mon coeur, encore trop serré, ne s'y prêtait pas et je retins ta main. Je te repris bientôt dans mes bras et, renouvelant mes caresses, je t'en appris davantage sur le premier instant de jouissance. Tu étais animée, tu fus aisément persuadée.

– Eh bien! me dis-tu avec cette charmante vivacité qui te va si joliment, fais de moi ce que tu voudras.

Je repris ton petit conin, j'y enfonçai le doigt d'une main tandis que je te branlais de l'autre. La douleur, mêlée au plaisir, te le fit trouver encore plus délicieux: c'est moi, chère et tendre amie, oui, c'est moi l'heureuse mortelle qui ai cueilli ton pucelage, cette fleur si rare et si recherchée.

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