Удобнее читать в приложении
AI-разбор доступен после входа
Суть книги, пересказ, главный конфликт, ключевые идеи, вывод, кому полезна, главные темы, персонажи и цитаты можно получить после входа в BookRa.
auto_awesomeПолучить AI-разборО книге
Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
Возрастное ограничение0+
Читать онлайн
Страница 30 из 32Le père d'Euphrosie daigne me prendre la main: – Je ne vous trompe point, mais votre sort et le mien n'en sont guère moins cruels. Croyez ce que je vous dis, et apprenez les malheurs que vous causez. Huit jours après votre départ, le marquis de *** vint voir ma fille. Euphrosie venait de lui confier son état et son amour. Le marquis, furieux, s'emporte contre sa femme dans les termes les plus outrageants. En vain mon fils veut l'apaiser. Le marquis menaça Euphrosie. Il voulut même la frapper. Mon malheureux fils se jeta au-devant de sa soeur; son beau-frère, hors de lui, tire son épée et le force à se mettre en défense. La rage l'aveuglait; il se précipite sur le fer de son adversaire; mon fils, désespéré, le blesse; le marquis cachait un pistolet dont il tua mon enfant… A la vue de ce combat funeste, Euphrosie était tombée sans connaissance; les douleurs d'un accouchement prématuré la rappelèrent à la vie et à toute l'horreur de sa destinée: elle a mis au monde un enfant qui n'est plus; on a jusqu'ici désespéré de la mère, aujourd'hui elle paraît moins mal; comment échapperait-elle à sa douleur? … J'avais dévoré ce terrible récit, j'étais immobile, mais, dieux! Que de serpents déchiraient mon coeur! … – Eh bien! m'écriai-je avec amertume, elle vit… elle vit, mais c'est pour me détester… Mais non, Euphrosie ne peut pas me haïr… O mon père! ah! souffrez que je vous donne ce nom, je vous offrais ma vie, elle vous sera consacrée; que je répare autant qu'il est en moi vos pertes affreuses, que je devienne votre fils! Oh! combien les devoirs m'en seront doux! … Mais, mon père, laissez-moi sauver votre fille; Euphrosie vivra pour vous aimer… le bon vieillard s'attendrit; un rayon d'espoir pénètre son âme; il pleure sur moi, il daigne me presser contre son sein… Hélas! nous nous abusions tous deux; Euphrosie revint à la vie, mais une mélancolie profonde l'avait empoisonnée pour jamais, elle refusa de me voir et courut s'ensevelir dans un couvent. Je tentai tout pour vaincre ses résolutions; son père seconda mes efforts; tout fut inutile, elle prit le voile et prononça les voeux.
Mon imagination était allumée, ma tête exaltée, mon coeur inondé de tristesse. Je pris un parti violent, et sans communiquer à qui que ce fût mon dessein, je montai à cheval et courus chercher la trappe pour y ensevelir le reste de mes jours.
Le ciel semblait conjuré contre moi. Un orage affreux m'oblige de m'arrêter à Versailles; j'étais percé, je n'avais rien pour changer; je me jette dans une auberge pour me sécher, et rendu de fatigue, je me résous bientôt à y passer la nuit.
Seul dans ma chambre j'y broyais du plus beau noir possible: l'histoire de l'abbé de Rancé me montait au quatrième siècle; je ne voyais rien de si beau que ces longs cimetières dont quelques lampes sépulcrales perçaient à peine les sombres horreurs; j'entendais cette cloche funèbre qui semble appeler la mort; je la voyais s'avancer à pas lents; Comminge et Euphémie étaient devant mes yeux; je prenais le travail pénible de mon imagination délirante pour l'héroïsme de la vertu; j'allais enfin m'enfoncer dans ces demeures funèbres, où gémissent tant de malheureuses victimes des préjugés, des passions… je le voulais, la providence ne le voulut pas.
Absorbé dans mes sombres réflexions, je n'apercevais pas une très jolie fille de l'auberge, arrivée depuis un quart d'heure devant moi… J'y prends garde enfin; je sors de ma rêverie, mais pour tomber dans une autre; je lui approche un fauteuil, la croyant, ma foi, je ne sais qui; je l'oblige à s'asseoir; elle ne doute plus de ma folie; enfin, à force de me demander ce que je voulais pour mon souper, elle me rappelle à moi; je ris, elle éclate.
Je donne mes ordres; Madelon descend et revient faire mon lit. La bonté divine veillait sur moi. Ces sortes de filles portent leurs cotillons fort courts; Madelon, en s'allongeant, me laissait voir une jambe faite au tour et le bout d'une cuisse très blanche… Hélas! me dis-je à moi-même, je vais m'enterrer; que cette pauvre fille profite du moins de mon reste; enfilons-la, c'est le dernier coup que je foutrai de ma vie… Alors, avec une gravité sans égale, je la prends par les deux pattes; je la jette sur le lit, je la trousse et je l'enfourne avant qu'elle eut le temps de voir comment. Elle fit un peu la revêche, mais où est la fille qui ne marche pas au troisième coup de cul? Seulement, pour me marquer son dépit, elle remuait comme un diable. Par habitude, je voulais recommencer; elle me fit convenir que cela ne se pouvait pas; qu'on attendait après elle; mais nous arrêtâmes qu'elle viendrait coucher avec moi, et je me débarrassai en sa faveur de quelques louis, qui, suivant mon projet, allaient me devenir inutiles; car je n'en démordais pas.
Nous passâmes la nuit ensemble; je m'en donnai comme pour la dernière fois; mais admirez l'ouvrage du bon Dieu! Plus j'allais à ce diable de trou, plus ma tête se calmait; mes résolutions s'affaiblissaient d'autant, et je résolus, sous prétexte de fatigue, d'attendre encore une nuit pour me déterminer; je ne fus pas dans cette peine. Une berline de poste arriva vers l'heure du dîner; deux hommes qui étaient dedans me firent demander la permission de partager le mien; je l'accordai; mais quel fut mon étonnement! C'étaient deux de mes amis intimes qui me galopaient. – Ah! Ah! monsieur l'enragé, me dit Saint-Flour, vous faussez donc ainsi compagnie! Que diable! tu as l'air du chevalier de la triste figure! Je voulais soutenir contenance, ils m'envoyèrent promener, me persiflèrent, me démontrèrent que je n'avais pas le sens commun; je le crus; je montai en voiture avec eux: nous arrivâmes à Paris.
Pendant quelque temps je fus un peu honteux; d'ailleurs, le diable m'emporte si je savais où aller, ni quelle liaison former! Cependant, j'étais endetté; mes créanciers, honnêtes israélites, venaient m'offrir leur figure patibulaire. Je pris une résolution magnanime; je me décidai à me mettre la corde au cou, à me marier. —Ah! tu vas faire une fin? – Oui, une fin; c'est, pardieu, bien périr avant le temps!
Je connaissais une vieille intrigante, doyenne des marquises, appareilleuse de sacrement: je fus lui conter mon affaire, en lui observant que j'étais pressé. – Oui, me dit-elle, la voulez-vous jolie? – Ma foi! cela m'est égal; c'est pour en faire ma femme; je ne m'en soucierai guère, et je ne la prends pas pour les curieux. – Il la faut riche? – Oh! cela, le plus possible. – De l'esprit? – Mais, oui, là, là. – Je tiens votre affaire. Connaissez-vous Mme de L'Hermitage? – Non. – Je vous présenterai; c'est une de mes amies; sa fille a dix-huit ans, elle est très riche, et surtout son caractère est excellent. – (ah! foutre! que cette bougresse-là est laide! …) Mon aimable duègne part sur-le-champ pour porter les premières paroles, manigancer mon affaire et me vanter: le soir elle m'écrit deux mots, et deux jours après nous nous rendons chez ma future belle-mère.
Вам также может понравиться
{"page":{"canonicalUrl":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5","pageTitle":"Ma conversion; ou le libertin de qualité (Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau) — полный текст, краткое содержание, анализ и герои","metaDescription":"Полный текст книги «Ma conversion; ou le libertin de qualité». А также краткое содержание, главные мысли, конфликт, темы, персонажи, цитаты и ответы на вопросы.","headingTitle":"«Ma conversion; ou le libertin de qualité». Читать бесплатно онлайн","headingSubtitle":"Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau","structuredData":[{"@context":"https://schema.org","@type":"BreadcrumbList","@id":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"BookRa","item":"https://bookra.app/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"зарубежная классика","item":"https://bookra.app/genre/5214"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Ma conversion; ou le libertin de qualité","item":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5"}]},{"@context":"https://schema.org","@type":"WebPage","@id":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5","url":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5","name":"«Ma conversion; ou le libertin de qualité». Читать бесплатно онлайн","description":"Полный текст книги «Ma conversion; ou le libertin de qualité». А также краткое содержание, главные мысли, конфликт, темы, персонажи, цитаты и ответы на вопросы.","breadcrumb":{"@id":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5#breadcrumb"},"mainEntity":{"@id":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5#work"},"primaryImageOfPage":{"@type":"ImageObject","url":"https://storage.yandexcloud.net/bookra-catalog-pd-public/content/2fe76b19-993d-11e8-a002-0cc47a5f3f85/thumbs/1200.webp"}},{"@context":"https://schema.org","@type":"Book","@id":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5#work","name":"Ma conversion; ou le libertin de qualité","url":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5","description":"Полный текст книги «Ma conversion; ou le libertin de qualité». А также краткое содержание, главные мысли, конфликт, темы, персонажи, цитаты и ответы на вопросы.","image":"https://storage.yandexcloud.net/bookra-catalog-pd-public/content/2fe76b19-993d-11e8-a002-0cc47a5f3f85/thumbs/1200.webp","inLanguage":"fr","genre":["зарубежная классика","зарубежная старинная литература","эротическая литература","литература 18 века"],"sameAs":["https://litres.ru/book/gabriel-honore-mirabeau/ma-conversion-ou-le-libertin-de-qualite-36096037/"],"author":[{"@type":"Person","@id":"https://bookra.app/author/0854bd31-f857-102d-b528-b4a213751508#person","name":"Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau","url":"https://bookra.app/author/0854bd31-f857-102d-b528-b4a213751508"}],"about":[{"@type":"Thing","name":"зарубежная классика"},{"@type":"Thing","name":"зарубежная старинная литература"},{"@type":"Thing","name":"эротическая литература"},{"@type":"Thing","name":"литература 18 века"},{"@type":"Thing","name":"чтение онлайн"},{"@type":"Thing","name":"саммари"},{"@type":"Thing","name":"AI-разбор"},{"@type":"Thing","name":"персонажи"},{"@type":"Thing","name":"цитаты"}],"workExample":{"@type":"Book","@id":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5#edition","url":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5","bookFormat":"https://schema.org/EBook","inLanguage":"fr","sameAs":["https://litres.ru/book/gabriel-honore-mirabeau/ma-conversion-ou-le-libertin-de-qualite-36096037/"],"isAccessibleForFree":true,"potentialAction":{"@type":"ReadAction","name":"Читать бесплатно онлайн «Ma conversion; ou le libertin de qualité»","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https://bookra.app/books/3kZGlCt5","actionPlatform":["https://schema.org/DesktopWebPlatform"]},"expectsAcceptanceOf":{"@type":"Offer","category":"nologinrequired"}}}}],"book":{"idCatalog":761729,"shortId":"3kZGlCt5","title":"Ma conversion; ou le libertin de qualité","coverUrl":"https://storage.yandexcloud.net/bookra-catalog-pd-public/content/2fe76b19-993d-11e8-a002-0cc47a5f3f85/thumbs/1200.webp","annotationText":"","catalogType":"PUBLIC_DOMAIN","catalogTypeLabel":"Общественное достояние","authorLine":"Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau","authors":[{"id":"0854bd31-f857-102d-b528-b4a213751508","displayName":"Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau","protectedUrl":"/author/0854bd31-f857-102d-b528-b4a213751508","wikipediaUrl":null,"wikidataUrl":null}],"genres":[{"id":5214,"title":"зарубежная классика","token":null,"publicUrl":"https://bookra.app/genre/5214"},{"id":5215,"title":"зарубежная старинная литература","token":null,"publicUrl":"https://bookra.app/genre/5215"},{"id":5308,"title":"эротическая литература","token":null,"publicUrl":"https://bookra.app/genre/5308"},{"id":5306,"title":"литература 18 века","token":null,"publicUrl":"https://bookra.app/genre/5306"}],"keywords":[],"facts":[{"key":"dateWritten","label":"Дата написания","value":"1970-01-01"},{"key":"bookLanguage","label":"Язык книги","value":"fr"},{"key":"adult","label":"Возрастное ограничение","value":"0+"}],"seoSections":[],"authorSummary":null,"hasArtifacts":false,"canReadInApp":true,"readUrl":"https://web.bookra.app/?startapp=r_761729","artifactsUrl":"https://web.bookra.app/?startapp=b_761729","readCtaLabel":"Читать бесплатно","artifactsCtaLabel":"AI-разбор","appReadLinks":{"tg":"https://t.me/bookra_lib_bot/BookRa?startapp=r_761729","vk":"https://vk.com/app54470698#startapp=r_761729","max":"https://max.ru/id7751370047_bot?startapp=r_761729","web":"https://web.bookra.app/?startapp=r_761729"},"appAnalysisLinks":{"tg":"https://t.me/bookra_lib_bot/BookRa?startapp=b_761729","vk":"https://vk.com/app54470698#startapp=b_761729","max":"https://max.ru/id7751370047_bot?startapp=b_761729","web":"https://web.bookra.app/?startapp=b_761729"},"guestReaderUrl":"/books/3kZGlCt5?page=30#reader-content","authorCtaLabel":"Все книги автора","authorProtectedUrl":"/author/0854bd31-f857-102d-b528-b4a213751508","readersCount":0,"adultLabel":"0+","yearLabel":null,"datePublished":null,"publisherLabel":null,"isbn":null,"oclc":null,"lccn":null,"partnerUrl":null,"accessNote":"Полный текст книги и AI-разбор откроются на защищенных страницах BookRa после входа."},"reader":{"page":30,"totalPages":32,"hasPrev":true,"hasNext":true,"prevPageUrl":"/books/3kZGlCt5?page=29#reader-content","nextPageUrl":"/books/3kZGlCt5?page=31#reader-content","progressLabel":"Страница 30 из 32","sections":[{"id":"content0:264","kind":"paragraph","text":"Le père d'Euphrosie daigne me prendre la main: – Je ne vous trompe point, mais votre sort et le mien n'en sont guère moins cruels. Croyez ce que je vous dis, et apprenez les malheurs que vous causez. Huit jours après votre départ, le marquis de *** vint voir ma fille. Euphrosie venait de lui confier son état et son amour. Le marquis, furieux, s'emporte contre sa femme dans les termes les plus outrageants. En vain mon fils veut l'apaiser. Le marquis menaça Euphrosie. Il voulut même la frapper. Mon malheureux fils se jeta au-devant de sa soeur; son beau-frère, hors de lui, tire son épée et le force à se mettre en défense. La rage l'aveuglait; il se précipite sur le fer de son adversaire; mon fils, désespéré, le blesse; le marquis cachait un pistolet dont il tua mon enfant… A la vue de ce combat funeste, Euphrosie était tombée sans connaissance; les douleurs d'un accouchement prématuré la rappelèrent à la vie et à toute l'horreur de sa destinée: elle a mis au monde un enfant qui n'est plus; on a jusqu'ici désespéré de la mère, aujourd'hui elle paraît moins mal; comment échapperait-elle à sa douleur? … J'avais dévoré ce terrible récit, j'étais immobile, mais, dieux! Que de serpents déchiraient mon coeur! … – Eh bien! m'écriai-je avec amertume, elle vit… elle vit, mais c'est pour me détester… Mais non, Euphrosie ne peut pas me haïr… O mon père! ah! souffrez que je vous donne ce nom, je vous offrais ma vie, elle vous sera consacrée; que je répare autant qu'il est en moi vos pertes affreuses, que je devienne votre fils! Oh! combien les devoirs m'en seront doux! … Mais, mon père, laissez-moi sauver votre fille; Euphrosie vivra pour vous aimer… le bon vieillard s'attendrit; un rayon d'espoir pénètre son âme; il pleure sur moi, il daigne me presser contre son sein… Hélas! nous nous abusions tous deux; Euphrosie revint à la vie, mais une mélancolie profonde l'avait empoisonnée pour jamais, elle refusa de me voir et courut s'ensevelir dans un couvent. Je tentai tout pour vaincre ses résolutions; son père seconda mes efforts; tout fut inutile, elle prit le voile et prononça les voeux."},{"id":"content0:265","kind":"paragraph","text":"Mon imagination était allumée, ma tête exaltée, mon coeur inondé de tristesse. Je pris un parti violent, et sans communiquer à qui que ce fût mon dessein, je montai à cheval et courus chercher la trappe pour y ensevelir le reste de mes jours."},{"id":"content0:266","kind":"paragraph","text":"Le ciel semblait conjuré contre moi. Un orage affreux m'oblige de m'arrêter à Versailles; j'étais percé, je n'avais rien pour changer; je me jette dans une auberge pour me sécher, et rendu de fatigue, je me résous bientôt à y passer la nuit."},{"id":"content0:267","kind":"paragraph","text":"Seul dans ma chambre j'y broyais du plus beau noir possible: l'histoire de l'abbé de Rancé me montait au quatrième siècle; je ne voyais rien de si beau que ces longs cimetières dont quelques lampes sépulcrales perçaient à peine les sombres horreurs; j'entendais cette cloche funèbre qui semble appeler la mort; je la voyais s'avancer à pas lents; Comminge et Euphémie étaient devant mes yeux; je prenais le travail pénible de mon imagination délirante pour l'héroïsme de la vertu; j'allais enfin m'enfoncer dans ces demeures funèbres, où gémissent tant de malheureuses victimes des préjugés, des passions… je le voulais, la providence ne le voulut pas."},{"id":"content0:268","kind":"paragraph","text":"Absorbé dans mes sombres réflexions, je n'apercevais pas une très jolie fille de l'auberge, arrivée depuis un quart d'heure devant moi… J'y prends garde enfin; je sors de ma rêverie, mais pour tomber dans une autre; je lui approche un fauteuil, la croyant, ma foi, je ne sais qui; je l'oblige à s'asseoir; elle ne doute plus de ma folie; enfin, à force de me demander ce que je voulais pour mon souper, elle me rappelle à moi; je ris, elle éclate."},{"id":"content0:269","kind":"paragraph","text":"Je donne mes ordres; Madelon descend et revient faire mon lit. La bonté divine veillait sur moi. Ces sortes de filles portent leurs cotillons fort courts; Madelon, en s'allongeant, me laissait voir une jambe faite au tour et le bout d'une cuisse très blanche… Hélas! me dis-je à moi-même, je vais m'enterrer; que cette pauvre fille profite du moins de mon reste; enfilons-la, c'est le dernier coup que je foutrai de ma vie… Alors, avec une gravité sans égale, je la prends par les deux pattes; je la jette sur le lit, je la trousse et je l'enfourne avant qu'elle eut le temps de voir comment. Elle fit un peu la revêche, mais où est la fille qui ne marche pas au troisième coup de cul? Seulement, pour me marquer son dépit, elle remuait comme un diable. Par habitude, je voulais recommencer; elle me fit convenir que cela ne se pouvait pas; qu'on attendait après elle; mais nous arrêtâmes qu'elle viendrait coucher avec moi, et je me débarrassai en sa faveur de quelques louis, qui, suivant mon projet, allaient me devenir inutiles; car je n'en démordais pas."},{"id":"content0:270","kind":"paragraph","text":"Nous passâmes la nuit ensemble; je m'en donnai comme pour la dernière fois; mais admirez l'ouvrage du bon Dieu! Plus j'allais à ce diable de trou, plus ma tête se calmait; mes résolutions s'affaiblissaient d'autant, et je résolus, sous prétexte de fatigue, d'attendre encore une nuit pour me déterminer; je ne fus pas dans cette peine. Une berline de poste arriva vers l'heure du dîner; deux hommes qui étaient dedans me firent demander la permission de partager le mien; je l'accordai; mais quel fut mon étonnement! C'étaient deux de mes amis intimes qui me galopaient. – Ah! Ah! monsieur l'enragé, me dit Saint-Flour, vous faussez donc ainsi compagnie! Que diable! tu as l'air du chevalier de la triste figure! Je voulais soutenir contenance, ils m'envoyèrent promener, me persiflèrent, me démontrèrent que je n'avais pas le sens commun; je le crus; je montai en voiture avec eux: nous arrivâmes à Paris."},{"id":"content0:271","kind":"paragraph","text":"Pendant quelque temps je fus un peu honteux; d'ailleurs, le diable m'emporte si je savais où aller, ni quelle liaison former! Cependant, j'étais endetté; mes créanciers, honnêtes israélites, venaient m'offrir leur figure patibulaire. Je pris une résolution magnanime; je me décidai à me mettre la corde au cou, à me marier. —Ah! tu vas faire une fin? – Oui, une fin; c'est, pardieu, bien périr avant le temps!"},{"id":"content0:272","kind":"paragraph","text":"Je connaissais une vieille intrigante, doyenne des marquises, appareilleuse de sacrement: je fus lui conter mon affaire, en lui observant que j'étais pressé. – Oui, me dit-elle, la voulez-vous jolie? – Ma foi! cela m'est égal; c'est pour en faire ma femme; je ne m'en soucierai guère, et je ne la prends pas pour les curieux. – Il la faut riche? – Oh! cela, le plus possible. – De l'esprit? – Mais, oui, là, là. – Je tiens votre affaire. Connaissez-vous Mme de L'Hermitage? – Non. – Je vous présenterai; c'est une de mes amies; sa fille a dix-huit ans, elle est très riche, et surtout son caractère est excellent. – (ah! foutre! que cette bougresse-là est laide! …) Mon aimable duègne part sur-le-champ pour porter les premières paroles, manigancer mon affaire et me vanter: le soir elle m'écrit deux mots, et deux jours après nous nous rendons chez ma future belle-mère."}],"toc":[{"id":"content0:0:1","label":"comte de Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau Ma conversion; ou le libertin de qualité","page":1,"pageUrl":"/books/3kZGlCt5#reader-content"}]},"similarBooks":[{"idCatalog":761725,"shortId":"1ZJwnCOt","title":"Le Rideau levé; ou l\u0026apos;Education de Laure","authorLine":"Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau","primaryAuthorId":"0854bd31-f857-102d-b528-b4a213751508","coverUrl":"https://storage.yandexcloud.net/bookra-catalog-pd-public/content/2fde52d4-993d-11e8-a002-0cc47a5f3f85/thumbs/400.webp","publicUrl":"https://bookra.app/books/1ZJwnCOt"},{"idCatalog":761728,"shortId":"22A24NEc","title":"Hic et Hec","authorLine":"Honoré-Gabriel de Riqueti Mirabeau","primaryAuthorId":"0854bd31-f857-102d-b528-b4a213751508","coverUrl":"https://storage.yandexcloud.net/bookra-catalog-pd-public/content/2fe4f473-993d-11e8-a002-0cc47a5f3f85/thumbs/400.webp","publicUrl":"https://bookra.app/books/22A24NEc"}],"similarBooksPagination":{"page":1,"pageSize":12,"totalItems":2,"totalPages":1,"hasPrev":false,"hasNext":false}},"notFound":false}