Загрузка...

AI-разбор доступен после входа

Суть книги, пересказ, главный конфликт, ключевые идеи, вывод, кому полезна, главные темы, персонажи и цитаты можно получить после входа в BookRa.

auto_awesomeПолучить AI-разбор

О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
Возрастное ограничение0+

Читать онлайн

Страница 26 из 34

Après une bonne heure de sommeil, Rose, éveillée par un songe voluptueux, nous tira bientôt de l'espèce de léthargie où nous étions plongés. Nos caresses et nos baisers recommencèrent; mais, loin de nous précipiter, nous badinions avec nos désirs pour en allonger la durée, en multipliant la jouissance, en retardant l'approche du plaisir: nous allions jusqu'à lui, nous le repoussions, il nous poursuivait. Rose l'avait déjà saisi deux ou trois fois; à notre tour il nous atteignit aussi: il n'est pas sûr de jouer avec lui. Il fut enfin victorieux, et nous terminâmes cette journée par un cinquième acte dont Rose fut l'héroïne.

Couché sur mon papa qui l'enfilait par le grand chemin, Vernol se présentait à la porte de derrière. J'avais pris l'attitude qu'elle avait tenue; je mis tout en place et je lui rendais les mêmes services que j'en avais reçus, pendant que mon papa me prodiguait des caresses semblables; mais, par un nouveau badinage, Vernol changeait de temps en temps de route: il quittait celle où je l'avais conduit pour aller s'accoler avec mon papa dans le chemin qu'il occupait. Rose trouvait admirable de les avoir ensemble: il était heureux pour elle que la même voie pût se prêter à deux de front; mais, au dernier moment, Vernol reprit le sentier où je l'avais guidé et qu'il avait occupé d'abord.

Elle trouva ce dénouement divin et supérieur à tout ce qu'elle avait éprouvé jusqu'alors; aussi s'écria-t-elle, dans son enthousiasme:

– Que je serais heureuse, et que la mort me serait douce si je perdais la vie dans un moment si délicieux!

Nous rîmes de son idée, et nous la trouvâmes bien analogue à son tempérament et à sa façon de penser.

Avant de reprendre nos vêtements, mon père découvrit de nouveau le bassin; je fus enchantée de ce soin; je m'y plongeai dans l'instant, ils m'y suivirent aussitôt. Je retirai l'éponge et j'introduisis de l'eau dans le lieu qu'elle avait occupé. Cette première ablution faite, nous la renouvelâmes et nous y rimes couler une essence qui nous embaumait. Ce second bain porta le calme et la fraîcheur dans tous nos sens. L'heure s'avançait, nous nous hâtâmes d'en sortir.

Après nous être rhabillés, nous rimes encore quelques tours dans les jardins. Enfin, nous remontâmes en voiture sur les huit heures, et nous rentrâmes en ville une heure après.

Depuis ce jour, et dans les premiers temps qui le suivirent,

Rose ne cessait de me presser de répéter cette scène.

Je m'y prêtai d'abord. Peu après je ne me rendais que par complaisance pour elle qui, sur la fin, en était seule le coryphée. Enfin, elle me devint insipide, je l'aurais trouvée même à charge si mon papa n'eût été de la partie. Cette dégradation ne lui avait point échappé, il en fut enchanté.

Mon ivresse pour Vernol, que mes yeux et mes sens avaient seuls produite et où le coeur n'avait point de part, se dissipait tous les jours: soustraction faite de sa figure et de sa douceur, on ne trouvait plus rien en lui; elle s'éteignit totalement et ne me laissa que des regrets; je revins tout entière au penchant de mon coeur et à mon attachement qui, loin de diminuer, avait pris de nouvelles forces. Je regardais mon père comme un homme extraordinaire, unique, un vrai philosophe au-dessus de tout, mais en même temps aimable et fait pour toucher réellement un coeur; je l'aimais, je l'adorais. Ah! chère Eugénie, ce sont les qualités de l'âme qui, seules, nous fixent, nous enchaînent indépendamment des sens et coupent les ailes de notre inconstance naturelle. Les hommes qui réfléchissent n'y résistent point quand ils les rencontrent, et toute leur infidélité leur cède: enfin, j'étais le seul objet de sa tendre affection, comme il l'était de celle de mon coeur. Les événements qui suivirent achevèrent d'anéantir ces liaisons que j'avais déjà commencé de rompre.

Une aventure où Rose brisa plusieurs lances avec trop d'effronterie et d'imprudence acheva de m'aliéner d'elle et de Vernol, lorsqu'ils m'en eurent fait un détail que je sus tirer d'eux. Je fus convaincue que la délicatesse des sentiments n'habitait point leurs coeurs, et qu'ils n'avaient l'un et l'autre que ceux de la passion la plus effrénée et la plus indiscrète. Cette manière d'être et de penser n'étant point uniforme avec la mienne, je fus entièrement décidée sur leur compte.

Je t'ai déjà dit que je ne les voyais plus aussi souvent, ce qui les engageait à chercher de leur côté tous les amusements qu'ils pouvaient se procurer: la promenade en faisait partie. Vernol, conduisant un jour Rose dans un jardin public, rencontra quatre de ses camarades de collège, dont le plus âgé avait à peine vingt ans. Reconnaissance, essor de joie, embrassades, questions multipliées: d'où viens-tu?

Que fais-tu? Où vas-tu? Quelle est cette belle? La réponse à la dernière demande donna lieu à nos jeunes gens de faire des révérences et des compliments qui, sûrement, ne déplaisaient point à Rose. Satisfaits sur les autres points, ils se déterminèrent à engager Vernol d'être de leur partie.

Il était question d'aller hors de la ville se régaler d'une collation dans quelque endroit commode; ils n'essuyèrent point de refus de la part de Vernol, et encore moins de Rose: ils partent.

Dans les premiers transports de joie, nos jeunes gens avaient oublié les conventions qu'ils avaient prises ensemble, mais le plus âgé, en même temps le plus rusé par ce que tu vas voir ensuite, ne les avait pas perdues de vue. Il tenait Rose avec un autre sous les bras, les petits propos, les cajoleries, les expressions énigmatiques, allaient leur train. On était encore dans la belle saison; on marchait assez vite. En arrivant, on monte dans une chambre; Rose avait chaud, elle se jeta sur un lit, découvrit sa gorge, et laissait pencher une jambe qu'elle savait avoir bien faite; aussi en reçut-elle des éloges qui l'enivraient. On fit apporter mets, vins et liqueurs de diverses sortes; les têtes commencèrent à s'échauffer: Rose sablait, tous en faisaient autant. Dans cette disposition, les propos, les chansons s'égayèrent, la liberté s'en mêla, les baisers trottaient; le feu prit, et l'incendie se communiqua. Le plus âgé, plus hardi et plus expérimenté que les autres, prit Vernol dans une embrasure et lui fit part des conventions qu'ils avaient faites avant de partir. Vernol ne put s'empêcher d'en rire de tout son coeur. Rose, curieuse à son ordinaire, voulut absolument savoir ce qui lui en donnait lieu: elle l'appela, le pressa; il ne fit pas de difficulté de lui raconter que ses camarades étaient convenus entre eux, avant de les avoir rencontrés, que celui des quatre qui aurait le vit le plus petit paierait pour tous la bonne chère, et que celui qui l'aurait le plus gros ferait présent de ce qui serait bu.

Dans les transports, les éclats de rire et les élans que ce récit fit faire à Rose, elle s'agita de façon, en levant une jambe, qu'elle fît voir presque tout ce qu'elle avait de caché, et, dans ce premier mouvement, elle s'écria:

– Qui donc en sera le juge?

Страница 26 из 34

Вам также может понравиться