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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
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Страница 26 из 32

Tu n'ignores pas qu'il fut un temps où la crasse ignorance enveloppa le monde; le fanatisme et la superstition régnèrent en souverains sur ces siècles heureux… Age à jamais mémorable et fortuné où le froc commandait au diadème, où les Bernard, les François, les Dominique, puissants en voix, en poumons et en scélératesse, savaient émouvoir, exalter la bile de l'imbécile chrétienté! Prophètes audacieux et menteurs, ils entassèrent des millions de croisés dans les sables de l'Egypte et de la Palestine, et l'Europe, à leur premier signe ébranlée contre l'Asie, courut y chercher de vastes tombeaux, tandis que les crédules habitants, devenus nos vassaux, laissaient dans nos mains assez de dépouilles pour élever la vraie Jérusalem, la Jérusalem immortelle et puissante, où devaient pulluler tous les vices de l'oisiveté, tous les crimes de l'ambition et de la cupidité!

Alors tout moine était saint, tout homme un peu éclairé, au-dessus de son siècle, excommunié. La liberté n'est plus; nous poursuivons son ombre jusqu'au fond de l'âme, jusqu'au fond de la pensée…

Heureux temps! Ils changèrent hélas! …

La philosophie parut; non pas cette tracassière verbeuse qui se traîne encore en rampant dans la poussière de l'école, mais cette lumière vive et fatale qui a dissipé les vapeurs du fanatisme et brisé les hochets de la superstition; tels que les oiseaux de nuit, nous fûmes blessés de l'éclat du jour. Il nous terrassa, nous courûmes nous cacher dans ces asiles que le vulgaire respectait encore; le rayon vengeur nous y suivit; on démêla nos trames; on dévoila nos ressorts; on approfondit notre politique; on démasqua nos moeurs et nos vices. L'univers conjuré se réunit pour nous abattre; nous étions perdus… Son mépris nous sauva, notre métropole nous soutint.

Il est une puissance dont l'orgueil excessif et les prétentions sans bornes en imposent, quoique son autorité soit précaire et factice. Artificieuse autant qu'opiniâtre et politique, sa force est dans sa faiblesse. L'ignorance lui a donné l'être; l'astuce et la fourberie l'ont accrue; les dissensions des princes et les intérêts anarchiques dont elle a su profiter l'ont rendue formidable; la persévérance et la hauteur l'ont maintenue; ses excès l'ont affaiblie; l'art et la souplesse la soutiennent: son chef, longtemps modérateur impérieux d'une aristocratie puissante, ne doit son crédit qu'à nous, milice enthousiaste, ardente, immortelle et toujours renaissante; perdus pour la chose publique, isolés, d'esprit et de coeur, du reste des humains, notre unique intérêt est notre agrandissement, qui fait la gloire de ce vicaire fanatique. C'est sur nous qu'il fonde son empire. Aussi sommes-nous ses enfants autant chéris que dévoués.

Fraudes pieuses, spectacles indécents, farces coupables étaient autrefois révérés; mais leur règne a passé. Eh bien! Notre marche en est devenue plus secrète et plus sûre. Nous avions à nous venger; du fond de nos asiles, nous soufflâmes la discorde, nous fomentâmes ces guerres civiles qui ont inondé de sang l'Europe déchirée; nos libelles, nos sermons séditieux, les séductions du confessionnal nous suffirent pour aiguiser les poignards, et grâce à nos efforts, il fut universellement reconnu qu'il est permis, qu'il est saint de tuer un hérétique, c'est-à-dire notre ennemi: ainsi le père massacra son fils; ainsi le fils arracha à son père la vie qu'il en avait reçue; les forfaits ont produit des martyrs; nous dévastâmes de fertiles contrées, nous versâmes sans danger des flots de sang. Nul mortel dévoué à notre vengeance ne put se dérober à nos coups. Ici, les fils de Saint Dominique font périr le dernier des Valois; là, ceux d'Ignace immolent Henri, que des philosophes osent encore pleurer; les bûchers, le fer, les poisons, nous servent tour à tour; les victimes s'amoncellent, les bourreaux et les assassins sont fatigués; les prisons regorgent d'innocents, et nous de sang, d'or et de volupté… Mais nous ne sommes pas rassasiés. L'esprit de commerce, qui s'est venu joindre à celui de domination, nous prodigue en vain les trésors du nouveau monde, dévasté par notre art et aussi bien que celui-ci; notre avidité s'en irrite, et nos moeurs n'en sont pas adoucies; le calme règne en apparence, mais il n'est que simulé; nous sentons que nos richesses survivent à notre crédit; les ambitieux promoteurs du despotisme, qui, cependant, haïssaient les rois, sont anéantis; il nous faut bien rester dans le silence, mais non pas dans l'inaction. Nos complots se lient, nos trames s'ourdissent, nos ennemis nous attaquent avec les armes du ridicule, ils s'abusent sur leur prétendue supériorité: nous nous réservons bien d'autres ressources, nous minons sans bruit; tu es jeune, tu verras le fruit de nos travaux. Une révolution, éloignée peut-être, mais certaine, menace de nouveau le monde; nous foulerons aux pieds ces hommes superbes qui osent nous dédaigner, nous commanderons encore… Puissions-nous replonger les humains dans la barbarie, anéantir les sciences, arracher jusqu'au germe funeste de cette philosophie perfide qui nous abreuve d'humiliations, élever enfin sur tant de ruines le nouvel édifice de notre grandeur! Alors un sceptre de fer régira l'univers, soumis à nos caprices, dévoué à nos plaisirs. Nous disposerons, en sultans, des mères, des femmes, des filles de nos esclaves, et nous amènerons ces âmes avilies au point de regarder comme un bien leur déshonneur… Va, ces jours de gloire et de félicité s'avancent plus rapidement que ne le croient nos imprudents ennemis. Ils n'osent pas tenter le seul moyen de les reculer, celui de casser notre sainte milice et la hiérarchie puissante sous les drapeaux de laquelle nous servons, de nous arracher surtout ces richesses immenses qui nous rendent tout possible. Non, nous ne craignons rien de ce siècle vénal; nous payons des protecteurs qui deviendront nos esclaves: ils nous rendront au centuple ce qu'ils nous auront coûté. – Par la sambleu! père, voilà qui est sublime! Quelle immensité de vues! Quelle étendue de scélératesse! Quels mystères d'iniquités… (je m'arrête, car père Ambroise s'apercevait qu'il avait trop parlé et fronçait le sourcil; pour le dérider, j'attrape Alexandrine, qui dansait au milieu de la chambre…) Père, voulez-vous connaître le vrai type de la destinée des empires, l'instrument des révolutions, la boussole de l'univers? … Le voilà, dis-je, en mettant en évidence le con rebondi de la belle; c'est là que viennent aboutir les intrigues du sacerdoce, la morgue du sultan, le faste du mogol, les caprices du despote, les fureurs du tyran, les délires ambitieux du conquérant, les richesses des deux hémisphères! …

Foutre! je me sauve au milieu de la période, car père Ambroise m'enlève Alexandrine, et la jette sur son lit pour aboutir aussi.

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