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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
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Страница 27 из 32

Je rentre chez Violette; le chagrin m'y attendait: une régie avait chassé M Duret des fermes générales. Nous, nous n'avions rien à ménager, nous devions (nous, c'est-à-dire elle). Je lui conseillai de vendre ses meubles pour payer, et je me retirai pour ne pas gêner le déménagement.

J'ai toujours aimé la musique; je fis le même soir connaissance avec la Guimard. Cette bougresse-là est laide et joue comme une cuisinière; mais sa voix est belle, et quand elle ne chante pas faux, elle fait plaisir; d'ailleurs elle fout comme une enragée. Ma réputation abrégea le cérémonial: je convins de six coups par jour; elle cassa aux gages son porteur d'eau qu'elle avait éreinté, laissa reposer ses laquais et son coiffeur, et nous nous accordâmes à faire bourse commune (bien entendu que je n'y mettrais rien). Elle donnait des concerts, recevait des compagnes qui la grugeaient en la détestant, des musiciens d'assez mauvaise compagnie, et des gens de qualité amateurs qui n'ont pas même le mérite d'être bons.

J'étais à causer un après-souper avec un virtuose célèbre et charmant compositeur Cambini; nous parlions de la révolution de la musique en France; je l'écoutais avec avidité et je m'instruisais; tout à coup, un de ces messieurs nous aborde.

– Quoi! vous parlez composition! Pardieu! sans me flatter, je suis d'une bonne force. – Je n'en doute point, lui dis-je en jetant un coup d'oeil sur l'artiste, et je serais fort aise que vous nous donniez, à monsieur et à moi, quelques leçons. – Volontiers, volontiers; moi, je ne refuse jamais mes soins. – Par exemple, monsieur veut composer un opéra, et il me demande le poème. – Sa musique est faite, apparemment? – Non pas. – Comment? Tant pis, jamais la musique ne va bien, quand on la compose pour des paroles; cela gêne un musicien et l'empêche de peindre; son imagination est refroidie. – Mais, monsieur, il me semble… – Il vous semble mal. Un orchestre, morbleu! un orchestre, voilà tout ce qu'il faut; suivez le moline, cela s'appelle faire un opéra; les paroles ne sont jamais d'accord avec la musique; mais aussi cela n'arrête point les effets… moi, je tiens pour les effets; ai-je raison, Cambini? – Monsieur le marquis, cependant, quand on veut exprimer un sentiment, l'amour, par exemple… – Oui, il faut du chromatique, beaucoup de fausses quintes; on relève cela par l'accord parfait; de là on passe dans le ton relatif par la tierce mineure; appuyez-moi une septième diminuée; si le mode est mineur, grimpez au majeur; semez-moi des bémols, accords de tierce, dominante, sexte et les doubles octaves… Pardieu! l'on module dans un tour de main… As-tu de la fureur dans ton opéra? – Beaucoup, monsieur le marquis. – Ah! pardieu! tu vas voir: mesure à quatre temps, battue bien ferme; pour le récitatif, ad libitum, avec accompagnement obligé; ensuite, un choeur en fugue, à deux sujets bien sortants l'un et l'autre, parce que cela marque la dispute, le conflit de juridiction; surtout que cela crie comme le diable (il faut que l'on entende un choeur peut-être), ensuite un grand silence; c'est imposant, ça, hein? … Un trois-temps bien tendre, pour faire le contraste, tu m'entends bien? Il n'y aurait pas de mal d'y mettre des timbales; ensuite le héros se fâche en allégro, avec quatre bémols à la clef; il faut qu'il fasse une tenue de dix mesures pour lui rassurer la poitrine; pendant ce temps-là, l'orchestre va le diable; puis ton héros fait des roulades pour se reposer; il veut qu'on l'entende… Eh! non, morbleu! que l'orchestre l'écrase! Et si ce diable de Legros perce encore, on y mettra du tonnerre… Ah! ce que je te recommande, c'est une basse bien ronflante, que tout cela marche… – Et mes airs de danse, monsieur le marquis? – Oh! pour cela il nous faut du noble: un beau grand morceau de flûte, avec des variations, pour la commodité de Salentin, et puis un point d'orgue avec des roulades; il serait long pour faire un peu gigoter Gardel… tu ne sais pas comment sortir de là? – Ma foi, non. – Un tambourin, mordieu! un tambourin; il n'y a que ça, pour qu'on s'en aille gaiement… Ah! çà! bonsoir… – Ah! cervelle du diable, maudit empoisonneur, coglione, coglione… – Là, là, tout doux, Cambini, lui dis-je… Eh bien! mon ami, voilà qui vous juge, et sans appel encore… Nous rejoignîmes la compagnie, à qui le marquis avait déjà fait confidence de ses bontés pour nous, en briguant des voix pour la première représentation, en cas que l'on suivît ses avis.

Je passais ainsi ma vie au milieu des talents et des ridicules; mais ma bougresse m'ennuyait; elle jure comme un charretier; pas la moindre ressource avec elle; elle ne sait que foutre, encore brutalement. Un dernier trait me la fit planter là. Un soir, en sortant du spectacle, j'entre chez elle; elle allait souper en ville, et moi aussi. Peut-on partir sans faire graisser ses bottes? Je m'asseois sur une chaise; elle se met sur moi, et je la fous. Dans le plus fort du plaisir, et feignant de perdre la tête, la gueuse ne la perdit pas. Ma montre était superbe, elle en avait envie; l'escamoter lui parut joli; elle la tire doucement et la met dans sa poche. Aussi chatouilleux qu'elle, je m'en aperçois et je parviens à lui dérober la sienne, qui était d'un grand prix; nous nous quittons. Le lendemain, grandes inquiétudes de sa part, plaisanteries de la mienne… pour dénoûment: – Vous êtes une effrontée coquine, lui dis-je, je vous rends votre montre; gardez la mienne, vous l'avez profanée; ma seule vengeance sera de répandre ce trait odieux; il est neuf et vous fera honneur… Elle jura; je lui fis la révérence et je sortis.

Il faut donc jeter le mouchoir… Allons, Dorville, tu seras ma sultane. Ma foi! Elle en vaut la peine. Une taille de nymphe remplie de grâces; le plus bel incarnat anime son teint de blonde; ses grands yeux bleus ne demandent qu'à mourir pour ressusciter… On se retrouve du moins avec celle-là; ma cuisinière m'avait dégoûté. Nous commençâmes par coucher ensemble, et ma nuit fut éloquente et décisive. Je m'établis maître de la maison. J'avais sous moi un intendant avec qui il fallait des ménagements, parce qu'il payait la dépense; je suis bon diable, je lui laissai la chambre libre.

Cette nouvelle jouissance me plaisait beaucoup; tous les raffinements de la volupté nous enivraient tour à tour. Je la trouve un matin dans son cabinet de bain; elle en sortait comme Vénus Anadyomène, parée de sa seule beauté; une jambe était encore dans la baignoire; elle appuyait l'autre sur un fauteuil; ses beaux cheveux flottaient sur ses épaules: sa main caressait une gorge d'albâtre; elle contemplait tous ses charmes avec un doux sourire; placé dans l'embrasure de la porte que j'avais entr'ouverte, observateur bandant, je jouissais de ce spectacle délicieux, et le feu coulait dans mes veines. Un bruit léger que je fais m'offre un nouveau tableau. Elle se baisse toute honteuse; la rougeur la colore; elle cherche à se faire un voile de sa longue chevelure… Un petit caniche, assis sur le fauteuil, s'élance justement où il fallait entre ses cuisses, lève la tête, voile le sanctuaire, jappe de toute sa force, et remplace par sa petite gueule une autre fente… J'entre en riant à gorge déployée; ma belle fut bientôt consolée, et devinez comment!

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