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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
Возрастное ограничение12+

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Страница 148 из 148

Il connaît la finesse de son ami et son intelligence; il craint de laisser deviner le secret de sa rougeur et de son étonnement. C'est bien le même Aramis, ayant toujours un secret à dissimuler. Aussi, pour en finir avec ce regard d'inquisiteur qu'il faut faire baisser à tout prix, comme à tout prix un général éteint le feu d'une batterie qui le gêne, Aramis étend sa belle main blanche, à laquelle étincelle l'améthyste de l'anneau pastoral, il fend l'air avec le signe de la croix et foudroie ses deux amis avec sa bénédiction. Peut-être, rêveur et distrait, d'Artagnan, impie malgré lui, ne se fût point baissé sous cette bénédiction sainte; mais Porthos a vu cette distraction, et, appuyant amicalement sa main sur le dos de son compagnon, il l'écrase vers la terre.

D'Artagnan fléchit: peu s'en faut même qu'il ne tombe à plat ventre.

Pendant ce temps, Aramis est passé.

D'Artagnan, comme Antée, n'a fait que toucher la terre, et il se retourne vers Porthos tout prêt à se fâcher.

Mais il n'y a pas à se tromper à l'intention du brave hercule: c'est un sentiment de bienséance religieuse qui le pousse. D'ailleurs, la parole, chez Porthos, au lieu de déguiser la pensée, la complète toujours.

– C'est fort gentil à lui, dit-il, de nous avoir donné comme cela une bénédiction, à nous tout seuls. Décidément, c'est un saint homme et un brave homme.

Moins convaincu que Porthos, d'Artagnan ne répondit pas.

– Voyez, cher ami, continua Porthos, il nous a vus, et au lieu de continuer à marcher au simple pas de procession, comme tout à l'heure, voilà qu'il se hâte. Voyez-vous comme le cortège double sa vitesse? Il est pressé de nous voir et de nous embrasser, ce cher Aramis.

– C'est vrai, répondit d'Artagnan tout haut.

Puis tout bas:

– Toujours est-il qu'il m'a vu, le renard, et qu'il aura le temps de se préparer à me recevoir.

Mais la procession est passée; le chemin est libre.

D'Artagnan et Porthos marchèrent droit au palais épiscopal, qu'une foule nombreuse entourait pour voir rentrer le prélat.

D'Artagnan remarqua que cette foule était surtout composée de bourgeois et de militaires.

Il reconnut dans la nature de ces partisans l'adresse de son ami.

En effet, Aramis n'était pas homme à rechercher une popularité inutile: peu lui importait d'être aimé de gens qui ne lui servaient à rien.

Des femmes, des enfants, des vieillards, c'est-à-dire le cortège ordinaire des pasteurs, ce n'était pas son cortège à lui. Dix minutes après que les deux amis avaient passé le seuil de l'évêché, Aramis rentra comme un triomphateur; les soldats lui présentaient les armes comme à un supérieur; les bourgeois le saluaient comme un ami, comme un patron plutôt que comme un chef religieux. Il y avait dans Aramis quelque chose de ces sénateurs romains qui avaient toujours leurs portes encombrées de clients. Au bas du perron, il eut une conférence d'une demi-minute avec un jésuite qui, pour lui parler plus discrètement, passa la tête sous le dais.

Puis il rentra chez lui; les portes se refermèrent lentement, et la foule s'écoula, tandis que les chants et les prières retentissaient encore.

C'était une magnifique journée. Il y avait des parfums terrestres mêlés à des parfums d'air et de mer. La ville respirait le bonheur, la joie, la force.

D'Artagnan sentit comme la présence d'une main invisible qui avait, toute-puissante, créé cette force, cette joie, ce bonheur, et répandu partout ces parfums.

«Oh! oh! se dit-il, Porthos a engraissé; mais Aramis a grandi.»

Fin du tome I

(1848 – 1850)

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