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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
Возрастное ограничение12+

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Страница 3 из 30

CRIS, dans le public à l'entrée d'un petit homme grassouillet et réjoui.

Ah ! Ragueneau !..

LIGNIÈRE, à Christian.

Le grand rôtisseur Ragueneau.

RAGUENEAU, costume de pâtissier endimanché, s'avançant vivement vers Lignière.

Monsieur, avez-vous vu monsieur de Cyrano ?

LIGNIÈRE, présentant Ragueneau à Christian.

Le pâtissier des comédiens et des poètes !

RAGUENEAU, se confondant.

Trop d'honneur...

LIGNIÈRE.

Taisez-vous, Mécène que vous êtes !

RAGUENEAU.

Oui, ces messieurs chez moi se servent...

LIGNIÈRE.

À crédit.

Poète de talent lui-même...

RAGUENEAU.

Ils me l'ont dit.

LIGNIÈRE.

Fou de vers !

RAGUENEAU.

Il est vrai que pour une odelette...

LIGNIÈRE.

Vous donnez une tarte...

RAGUENEAU.

Oh ! une tartelette !

LIGNIÈRE.

Brave homme, il s'en excuse ! Et pour un triolet

Ne donnâtes-vous pas ?..

RAGUENEAU.

Des petits pains !

LIGNIÈRE, sévèrement.

Au lait.

- Et le théâtre, vous l'aimez ?

RAGUENEAU.

Je l'idolâtre.

LIGNIÈRE.

Vous payez en gâteaux vos billets de théâtre !

Votre place, aujourd'hui, là, voyons, entre nous,

Vous a coûté combien ?

RAGUENEAU.

Quatre flans. Quinze choux.

(Il regarde de tous côtés).

Monsieur de Cyrano n'est pas là ? Je m'étonne.

LIGNIÈRE.

Pourquoi ?

RAGUENEAU.

Montfleury joue !

LIGNIÈRE.

En effet, cette tonne

Va nous jouer ce soir le rôle de Phédon.

Qu'importe à Cyrano ?

RAGUENEAU.

Mais vous ignorez donc ?

Il fit à Montfleury, messieurs, qu'il prit en haine,

Défense, pour un mois, de reparaître en scène.

LIGNIÈRE, qui en est à son quatrième petit verre.

Eh bien ?

RAGUENEAU.

Montfleury joue !

CUIGY, qui s'est rapproché de son groupe.

Il n'y peut rien.

RAGUENEAU.

Oh ! oh !

Moi, je suis venu voir !

PREMIER MARQUIS.

Quel est ce Cyrano ?

CUIGY.

C'est un garçon versé dans les colichemardes.

DEUXIÈME MARQUIS.

Noble ?

CUIGY.

Suffisamment. Il est cadet aux gardes.

(Montrant un gentilhomme qui va et vient dans la salle comme s'il cherchait quelqu'un).

Mais son ami Le Bret peut vous dire...

(Il appelle).

Le Bret !

(Le Bret descend vers eux).

Vous cherchez Bergerac ?

LE BRET.

Oui, je suis inquiet !..

CUIGY.

N'est-ce pas que cet homme est des moins ordinaires ?

LE BRET, avec tendresse.

Ah ! c'est le plus exquis des êtres sublunaires !

RAGUENEAU.

Rimeur !

CUIGY.

Bretteur !

BRISSAILLE.

Physicien !

LE BRET.

Musicien !

LIGNIÈRE.

Et quel aspect hétéroclite que le sien !

RAGUENEAU.

Certes, je ne crois pas que jamais nous le peigne

Le solennel monsieur Philippe de Champaigne ;

Mais bizarre, excessif, extravagant, falot,

Il eût fourni, je pense, à feu Jacques Callot

Le plus fol spadassin à mettre entre ses masques.

Feutre à panache triple et pourpoint à six basques,

Cape que par derrière, avec pompe, l'estoc

Lève, comme une queue insolente de coq,

Plus fier que tous les Artabans dont la Gascogne

Fut et sera toujours l'alme Mère Gigogne,

Il promène, en sa fraise à la Pulcinella,

Un nez !.. Ah ! messeigneurs, quel nez que ce nez-là !..

On ne peut voir passer un pareil nasigère

Sans s'écrier : « Oh ! non, vraiment, il exagère ! »

Puis on sourit, on dit : « Il va l'enlever... » Mais

Monsieur de Bergerac ne l'enlève jamais.

LE BRET, hochant la tête.

Il le porte, - et pourfend quiconque le remarque !

RAGUENEAU, fièrement.

Son glaive est la moitié des ciseaux de la Parque !

PREMIER MARQUIS, haussant les épaules.

Il ne viendra pas !

RAGUENEAU.

Si !.. Je parie un poulet

À la Ragueneau !

LE MARQUIS, riant.

Soit !

(Rumeurs d'admiration dans la salle. Roxane vient de paraître dans sa loge. Elle s'assied sur le devant, sa duègne prend place au fond. Christian, occupé à payer la distributrice, ne regarde pas).

DEUXIÈME MARQUIS, avec des petits cris.

Ah ! messieurs ! mais elle est

Épouvantablement ravissante !

PREMIER MARQUIS.

Une pêche

Qui sourirait avec une fraise !

DEUXIÈME MARQUIS.

Et si fraîche

Qu'on pourrait, l'approchant, prendre un rhume de cœur !

CHRISTIAN, lève la tête, aperçoit Roxane, et saisit vivement Lignière par le bras.

C'est elle !

LIGNIÈRE, regardant.

Ah ! c'est elle ?..

CHRISTIAN.

Oui. Dites vite. J'ai peur.

LIGNIÈRE, dégustant son rivesalte à petits coups.

Magdeleine Robin, dite Roxane. - Fine.

Précieuse.

CHRISTIAN.

Hélas !

LIGNIÈRE.

Libre. Orpheline. Cousine

De Cyrano, - dont on parlait...

(À ce moment, un seigneur très élégant, le cordon bleu en sautoir, entre dans la loge et, debout, cause un instant avec Roxane).

CHRISTIAN, tressaillant.

Cet homme ?..

LIGNIÈRE, qui commence à être gris, clignant de l'œil.

Hé ! hé !..

- Comte de Guiche. Épris d'elle. Mais marié

À la nièce d'Armand de Richelieu. Désire

Faire épouser Roxane à certain triste sire,

Un monsieur de Valvert, vicomte... et complaisant.

Elle n'y souscrit pas, mais de Guiche est puissant.

Il peut persécuter une simple bourgeoise.

D'ailleurs j'ai dévoilé sa manœuvre sournoise

Dans une chanson qui... Ho ! il doit m'en vouloir !

- La fin était méchante... Écoutez...

(Il se lève en titubant, le verre haut, prêt à chanter).

CHRISTIAN.

Non. Bonsoir.

LIGNIÈRE.

Vous allez ?

CHRISTIAN.

Chez monsieur de Valvert !

LIGNIÈRE.

Prenez garde.

C'est lui qui vous tuera !

(Lui désignant du coin de l'œil Roxane).

Restez. On vous regarde.

CHRISTIAN.

C'est vrai !

(Il reste en contemplation. Le groupe de tire-laine, à partir de ce moment, le voyant la tête en l'air et bouche bée, se rapproche de lui).

LIGNIÈRE.

C'est moi qui pars. J'ai soif ! Et l'on m'attend

- Dans les tavernes !

(Il sort en zigzaguant).

LE BRET, qui a fait le tour de la salle, revenant vers Ragueneau, d'une voix rassurée.

Pas de Cyrano.

RAGUENEAU, incrédule.

Pourtant...

LE BRET.

Ah ! je veux espérer qu'il n'a pas vu l'affiche !

LA SALLE.

Commencez ! Commencez !

Scène III

Les mêmes, moins Lignière ; De Guiche, Valvert, puis Montfleury.

UN MARQUIS, voyant de Guiche, qui descend de la loge de Roxane, traverse le parterre, entouré de seigneurs obséquieux, parmi lesquels le vicomte de Valvert.

Quelle cour, ce de Guiche !

UN AUTRE.

Fi !.. Encore un Gascon !

LE PREMIER.

Le Gascon souple et froid,

Celui qui réussit !.. Saluons-le, crois-moi.

(Ils vont vers de Guiche).

DEUXIÈME MARQUIS.

Les beaux rubans ! Quelle couleur, comte de Guiche ?

Baise-moi-ma-mignonne ou bien Ventre-de-biche ?

DE GUICHE.

C'est couleur Espagnol malade.

PREMIER MARQUIS.

La couleur

Ne ment pas, car bientôt, grâce à votre valeur,

L'Espagnol ira mal, dans les Flandres !

DE GUICHE.

Je monte

Sur scène. Venez-vous ?

(Il se dirige, suivi de tous les marquis et gentilshommes, vers le théâtre. Il se retourne et appelle).

Viens, Valvert !

CHRISTIAN, qui les écoute et les observe, tressaille en entendant ce nom.

Le vicomte !

Ah ! je vais lui jeter à la face mon...

(Il met la main dans sa poche, et y rencontre celle d'un tire-laine en train de le dévaliser. Il se retourne).

Hein ?

LE TIRE-LAINE.

Ay !..

CHRISTIAN, sans le lâcher.

Je cherchais un gant !

LE TIRE-LAINE, avec un sourire piteux.

Vous trouvez une main.

(Changeant de ton, bas et vite).

Lâchez-moi. Je vous livre un secret.

CHRISTIAN, le tenant toujours.

Quel ?

LE TIRE-LAINE.

Lignière...

Qui vous quitte...

CHRISTIAN, de même.

Eh ! bien ?

LE TIRE-LAINE.

... touche à son heure dernière.

Une chanson qu'il fit blessa quelqu'un de grand,

Et cent hommes - j'en suis - ce soir sont postés !..

CHRISTIAN.

Cent !

Par qui ?

LE TIRE-LAINE.

Discrétion...

CHRISTIAN, haussant les épaules.

Oh !

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