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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиit
Возрастное ограничение12+

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Страница 35 из 36

– Oh, quelle peine tu me fais! Pauvre, pauvre Fée! Si j’avais un million, je volerais jusqu’à elle pour le lui donner. Mais je n’ai que ces quarante sous, juste de quoi m’acheter des vêtements. Prends-les, Limace, et porte-les immédiatement à ma bonne Fée.

– Mais tes vêtements?

– Que m’importe de nouveaux habits! Je vendrais les haillons que je porte si cela pouvait l’aider. Va, Limace! Dépêche-toi! Et d’ici deux jours, reviens à cet endroit! Peut-être pourrais-je te donner encore un peu d’argent. Jusqu’à présent, j’ai travaillé pour aider mon papa. Désormais, je travaillerai cinq heures de plus pour ma maman. Au revoir, Limace! A après-demain!

La Limace, contrairement à son habitude, fila comme un lézard sortant de son trou au plus fort de la canicule du mois d’août.

Quand Pinocchio fut revenu chez lui, Geppetto lui demanda:

– Et cette veste neuve?

– Impossible d’en trouver une qui m’aille! Ce n’est pas grave: je l’achèterai une autre fois.

Et ce soir-là, au lieu de veiller jusqu’à dix heures, Pinocchio travailla jusqu’à minuit tapant. Au lieu de huit paniers, il en fit seize.

A peine couché, il s’endormit. Mais dans son sommeil, il vit en songe la Fée, souriante et éblouissante de beauté, qui lui dit ceci après lui avoir donné un baiser:

– Bravo Pinocchio! Parce que tu as si bon cœur, je te pardonne pour toutes les bêtises que tu as faites jusqu’à aujourd’hui. Les enfants qui s’occupent tendrement de leurs parents quand ils sont dans la gène ou qu’ils sont malades méritent toujours louanges et affection. Même s’ils ne sont pas toujours des modèles d’obéissance et de bonne conduite. Si, à l’avenir, tu deviens raisonnable, tu trouveras le bonheur.

Le rêve s’achevait ainsi. Mais, à son réveil, Pinocchio ouvrit de grands yeux.

Car, figurez-vous qu’en se réveillant Pinocchio découvrit, émerveillé, qu’il n’était plus une marionnette en bois, qu’il ressemblait enfin à un enfant comme un autre! La pièce aux murs nus de la cabane en paille était devenue une jolie chambre meublée et décorée avec une élégante simplicité. Sautant du lit, il découvrit aussi un costume neuf, un nouveau chapeau et une paire de bottines en cuir qui lui allèrent parfaitement.

En mettant machinalement les mains dans les poches de ses nouveaux habits, il trouva un petit porte-monnaie d’ivoire sur lequel était gravé: «La Fée aux cheveux bleu-nuit rembourse ses quarante sous à son cher petit Pinocchio et le remercie pour sa générosité». Mais les quarante sous n’étaient plus de vulgaires pièces en cuivre. Le porte-monnaie contenait quarante sequins en or, flambant neuf et brillant de tous leurs feux.

Il alla se contempler dans le miroir et ne se reconnut pas. L’image familière d’une marionnette en bois avait disparu. A sa place souriait joyeusement un beau petit garçon à l’air vif et intelligent, aux cheveux châtains et aux yeux bleus.

Tous ces évènements merveilleux se succédaient si vite que Pinocchio ne savait plus s’il était vraiment éveillé ou s’il continuait de rêver les yeux ouverts.

– Et mon papa dans tout cela? – cria-t-il soudain.

Il entra dans la pièce voisine et y trouva le vieux Geppetto en pleine forme, guilleret et de très bonne humeur, comme autrefois. Retrouvant son métier de sculpteur sur bois, il était en train de fabriquer un magnifique cadre orné de feuillages, de fleurs et de têtes d’animaux. Pinocchio lui sauta au cou et le couvrit de baisers:

– Comment expliquer tout ce changement, mon petit papa?

– Tout cela, c’est grâce à toi – répondit Geppetto

– Grâce à moi?

– Mais oui. Quand les sales gosses deviennent de bons petits, ils ont aussi le pouvoir de transformer toute leur famille.

– Et le vieux Pinocchio en bois, qu’est-il devenu?

– Il est là.

La grande marionnette était contre une chaise, la tête penchant sur le côté, les bras ballants, les jambes emmêlées et à demi repliées. A se demander comment elle pouvait tenir debout.

Pinocchio la regarda un moment avec attention puis poussa un grand soupir de satisfaction:

– Quel drôle d’air j’avais quand j’étais une marionnette! Et comme je suis content d’être devenu un vrai et bon petit garçon!

Fin

Note du traducteur

Cette traduction veut avant tout rester fidèle à l’esprit du texte de Carlo Collodi en cherchant à éviter toute tentation interprétative comme toute mise en forme un peu recherchée qui auraient eu pour effet de trahir un style volontairement simple, net, très précis. C’est d’ailleurs justement ce style n’aimant ni les fioritures ni les effets de plume qui a permis à la langue écrite de Carlo Collodi de ne pas vieillir, bien que plus d’un siècle nous sépare d’elle. Si le passage d’une langue à l’autre nécessite forcément quelques aménagements, l’essentiel de ce conte du 19e siècle italien a encore l’étrange pouvoir de se glisser avec aisance dans le gant de la langue française du 21e siècle. Ce n’est pas la moindre des qualités de cet inusable Pinocchio.

Ces qualités sont multiples. Notamment: plongée saisissante de justesse dans le monde de l’enfance, plaidoyer toujours émouvant en faveur de l’instruction seule capable d’éviter la misère et les naufrages humains, puissante parabole sur la paternité (Geppetto) comme sur la maternité (La Fée), pamphlet égratignant avec humour quelques institutions (médecine, justice, monde politique), hommage à la Nature dont les habitants – les animaux – ne cessent d’intervenir dans l’itinéraire brouillon de la marionnette comme autant de balises lui servant de guides ou de repoussoirs… le tout en un savant enchevêtrement mêlant intimement merveilleux et réalité. On n’en finit pas de découvrir de nouvelles raisons d’aimer ce grand roman de l’enfance sage et fou à la fois et à la générosité débordante.

Il semble convenu, aujourd’hui, de traduire «burattino» par «pantin». Mais ce terme a une connotation péjorative et il lui a donc été préféré «marionnette», plus ludique donc plus en accord avec la personnalité fantaisiste du jeune héros de cette histoire.

Claude Sartirano

http://perso.wanadoo.fr/claude.sartirano/

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