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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
Возрастное ограничение12+

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Страница 1 из 75

Annotation

Adoptant un style faussement détaché d’historien anthropologue, Anatole France dépeint le développement de la civilisation de la Pingouinie. Ses habitants, les Pingouins, sont des créatures humanisées par la volonté de Dieu afin de pouvoir lui rendre les honneurs canoniques. L’auteur retrace caricaturalement l’histoire de France en s’attaquant malicieusement aux «temples» de la société. Religion, propriété, État, institutions sont observés par le biais de leurs aspects les plus caricaturaux telle l’affaire Dreyfus, à peine déguisée. L’humour — fruit du décalage entre le ton solennel et les absurditées relatées — colore le récit tout le long. (AFANE)

Anatole France

Préface

Livre premier

Chapitre premier

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Livre II

Chapitre premier

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Livre III

Chapitre premier

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Livre IV

Chapitre premier

Chapitre II

Chapitre III

Livre V

Chapitre premier

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Livre VI

Chapitre premier

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Livre VII

Chapitre premier

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Apogée de la civilisation pingouine

Livre VIII

§ 1

§ 2

§ 3

§ 4

notes

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

Anatole France de l’Academie Française L’Île des pingouins

Préface

Malgré la diversité apparente des amusements qui semblent m’attirer, ma vie n’a qu’un objet. Elle est tendue tout entière vers l’accomplissement d’un grand dessein. J’écris l’histoire des Pingouins. J’y travaille assidument, sans me laisser rebuter par des difficultés fréquentes et qui, parfois, semblent insurmontables.

J’ai creusé la terre pour y découvrir les monuments ensevelis de ce peuple. Les premiers livres des hommes furent des pierres. J’ai étudié les pierres qu’on peut considérer comme les annales primitives des Pingouins. J’ai fouillé sur le rivage de l’océan un tumulus inviolé; j’y ai trouvé, selon la coutume, des haches de silex, des épées de bronze, des monnaies romaines et une pièce de vingt sous à l’effigie de Louis-Philippe 1er, roi des Français.

Pour les temps historiques, la chronique de Johannès Talpa, religieux du monastère de Beargarden, me fut d’un grand secours. Je m’y abreuvai d’autant plus abondamment qu’on ne découvre point d’autre source de l’histoire pingouine dans le haut moyen âge.

Nous sommes plus riches à partir du XIIIe siècle, plus riches et non plus heureux. Il est extrêmement difficile d’écrire l’histoire. On ne sait jamais au juste comment les choses se sont passées; et l’embarras de l’historien s’accroît avec l’abondance des documents. Quand un fait n’est connu que par un seul témoignage, on l’admet sans beaucoup d’hésitation. Les perplexités commencent lorsque les événements sont rapportés par deux ou plusieurs témoins; car leurs témoignages sont toujours contradictoires et toujours inconciliables.

Sans doute les raisons scientifiques de préférer un témoignage à un autre sont parfois très fortes. Elles ne le sont jamais assez pour l’emporter sur nos passions, nos préjugés, nos intérêts, ni pour vaincre cette légèreté d’esprit commune à tous les hommes graves. En sorte que nous présentons constamment les faits d’une manière intéressée ou frivole.

J’allai confier à plusieurs savants archéologues et paléographes de mon pays et des pays étrangers les difficultés que j’éprouvais à composer l’histoire des Pingouins. J’essuyai leurs mépris. Ils me regardèrent avec un sourire de pitié qui semblait dire: «Est-ce que nous écrivons l’histoire, nous? Est-ce que nous essayons d’extraire d’un texte, d’un document, la moindre parcelle de vie ou de vérité? Nous publions les textes purement et simplement. Nous nous en tenons à la lettre. La lettre est seule appréciable et définie. L’esprit ne l’est pas; les idées sont des fantaisies. Il faut être bien vain pour écrire l’histoire: il faut avoir de l’imagination.»

Tout cela était dans le regard et le sourire de nos maîtres en paléographie, et leur entretien me décourageait profondément. Un jour qu’après une conversation avec un sigillographe éminent, j’étais plus abattu encore que d’habitude, je fis soudain cette réflexion, je pensai:

«Pourtant, il est des historiens; la race n’en est point entièrement disparue. On en conserve cinq ou six à l’Académie des sciences morales. Ils ne publient pas de textes; ils écrivent l’histoire. Ils ne me diront pas, ceux-là, qu’il faut être vain pour se livrer à ce genre de travail.

Cette idée releva mon courage.

Le lendemain (comme on dit, ou l’en demain, comme on devrait dire), je me présentai chez l’un d’eux, vieillard subtil.

— Je viens, monsieur, lui dis-je, vous demander les conseils de votre expérience. Je me donne grand mal pour composer une histoire, et je n’arrive à rien.

Il me répondit en haussant les épaules:

— À quoi bon, mon pauvre monsieur, vous donner tant de peine, et pourquoi composer une histoire, quand vous n’avez qu’à copier les plus connues, comme c’est l’usage? Si vous avez une vue nouvelle, une idée originale, si vous présentez les hommes et les choses sous un aspect inattendu, vous surprendrez le lecteur. Et le lecteur n’aime pas à être surpris. Il ne cherche jamais dans une histoire que les sottises qu’il sait déjà. Si vous essayez de l’instruire, vous ne ferez que l’humilier et le fâcher. Ne tentez pas de l’éclairer, il criera que vous insultez à ses croyances.

»Les historiens se copient les uns les autres. Ils s’épargnent ainsi de la fatigue et évitent de paraître outrecuidants. Imitez-les et ne soyez pas original. Un historien original est l’objet de la défiance, du mépris et du dégoût universels.

»Croyez-vous, monsieur, ajouta-t-il, que je serais considéré, honoré comme je suis, si j’avais mis dans mes livres d’histoire des nouveautés? Et qu’est-ce que les nouveautés? Des impertinences.

Il se leva. Je le remerciai de son obligeance et gagnai la porte, il me rappela:

— Un mot encore. Si vous voulez que votre livre soit bien accueilli, ne négligez aucune occasion d’y exalter les vertus sur lesquelles reposent les sociétés: le dévouement à la richesse, les sentiments pieux, et spécialement la résignation du pauvre, qui est le fondement de l’ordre. Affirmez, monsieur, que les origines de la propriété, de la noblesse, de la gendarmerie seront traitées dans votre histoire avec tout le respect que méritent ces institutions. Faites savoir que vous admettez le surnaturel quand il se présente. À cette condition, vous réussirez dans la bonne compagnie.

J’ai médité ces judicieuses observations et j’en ai tenu le plus grand compte.

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