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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиde
Возрастное ограничение12+

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Страница 32 из 33

SCÈNE V

La place publique d’Antium.

TULLUS AUFIDIUS paraît au milieu de sa suite.

AUFIDIUS, à un officier. – Allez, annoncez aux nobles de l’État que je suis arrivé: remettez-leur ce papier; et, quand ils l’auront lu, dites-leur de se rendre à la place publique, où je confirmerai la vérité de cet écrit devant eux et devant le peuple assemblé. Celui que j’accuse est déjà rentré dans la ville par cette porte, et il se propose de paraître devant le peuple, espérant se justifier avec des paroles. Hâtez-vous. (À trois ou quatre conspirateurs de la faction d’Aufidius qui viennent au-devant de lui.) Soyez les bienvenus.

PREMIER CONJURÉ. – En quel état est notre général?

AUFIDIUS. – Dans l’état d’homme empoisonné par ses propres aumônes, et tué par sa charité.

SECOND CONJURÉ. – Très-noble seigneur, si vous persistez dans le projet auquel vous avez désiré de nous associer, nous vous délivrerons du danger qui vous menace.

AUFIDIUS. – Je ne puis encore rien décider: nous agirons selon que nous trouverons le peuple disposé.

TROISIÈME CONJURÉ. – Tant qu’il y aura de la division entre Marcius et vous, le peuple flottera incertain: mais la chute de l’un rendra le survivant héritier de toute sa faveur.

AUFIDIUS. – Je le sais; et mon plan, pour trouver un prétexte de le frapper, est bien arrangé. – Je l’ai relevé dans sa disgrâce, j’ai engagé mon honneur pour garant de sa foi. Marcius, ainsi comblé d’honneur, a arrosé de flatteries ses nouvelles plantations; il a caressé et séduit mes amis, et c’est dans cette vue qu’il a plié son caractère, qu’on avait toujours connu auparavant pour être rude, indépendant et indomptable.

TROISIÈME CONJURÉ. – Telle était sa roideur quand il briguait le consulat, qu’il le perdit en refusant de fléchir.

AUFIDIUS. – C’est ce dont j’allais parler. Banni pour son orgueil, il est venu dans ma maison offrir sa tête à mon glaive: je l’ai accueilli, je l’ai associé à ma fortune, j’ai donné un libre cours à tous ses désirs; j’ai fait plus: je l’ai laissé, pour accomplir ses projets, choisir dans mon armée mes meilleurs et mes plus vigoureux soldats; j’ai servi ses desseins aux dépens de ma propre personne; je l’ai aidé à recueillir une renommée qu’il s’est appropriée tout entière, et j’ai mis de l’orgueil à me nuire ainsi à moi-même, si bien qu’à la fin j’ai pu être pris pour son subordonné et non son égal, et qu’il m’a traité de l’air qu’on prend avec un mercenaire.

PREMIER CONJURÉ. – Voilà en effet son procédé: l’armée en a été étonnée, et pour dernier trait, lorsqu’il était maître de Rome, et que nous nous attendions au butin et à la gloire…

AUFIDIUS. – Oui, et c’est sur ce point que je l’attaquerai avec toute l’habileté dont je serai capable. Pour quelques larmes de femme qu’on obtient aussi facilement que des mensonges, il a vendu tout le sang versé et tous les travaux qu’avait coûtés notre grande entreprise. C’est pour cela qu’il mourra, et je me rajeunirai par sa chute. Mais écoutons.

(On entend le bruit des instruments militaires et les cris du peuple.)

PREMIER CONJURÉ. – Vous êtes entré dans notre ville natale comme un poteau, sans que personne vous ait fait accueil; mais il revient en fatiguant l’air par le bruit qu’il cause.

SECOND CONJURÉ. – Et tout ce peuple stupide, dont il a tué les enfants, s’enroue lâchement à célébrer sa gloire.

TROISIÈME CONJURÉ. – Profitez donc du moment favorable, avant qu’il s’explique et qu’il gagne le peuple par ses discours; qu’il sente votre fer; nous vous seconderons. Lorsqu’il sera couché sur la terre, alors vous raconterez son histoire suivant vos intérêts; et votre harangue ensevelira son apologie avec son corps.

AUFIDIUS. – Cessons nos discours; voici les nobles qui arrivent.

(Entrent les sénateurs volsques.)

LES SÉNATEURS, à Aufidius. – Nous vous félicitons de votre retour dans notre ville.

AUFIDIUS. – Je ne l’ai pas mérité: mais, dignes sénateurs, avez-vous lu avec attention l’écrit que je vous ai fait remettre?

TOUS. – Nous l’avons lu.

PREMIER SÉNATEUR. – Et sa lecture nous a affligés. Les fautes que nous avions à lui reprocher auparavant pouvaient, je pense, aisément s’oublier; mais de finir par où il aurait dû commencer, sacrifier tout le fruit de nos préparatifs de guerre, en faire retomber tout le fardeau sur nous-mêmes en signant un traité avec Rome, lorsque Rome se rendait à nous, c’est un crime qui n’admet aucune excuse.

AUFIDIUS. – Il approche: vous allez l’entendre.

(Coriolan paraît, marchant au milieu des instruments de guerre et des drapeaux; le peuple le suit en foule.)

CORIOLAN. – Salut, seigneurs: je reviens votre soldat, et je rapporte un cœur qui n’est pas plus entaché de l’amour de mon pays, qu’il ne l’était lorsque je suis sorti de cette ville. Je vous suis toujours dévoué, et tout prêt à suivre vos ordres. Vous devez savoir que j’ai commencé notre expédition avec succès: et que j’ai conduit vos armées par une route sanglante jusqu’aux portes de Rome. Les dépouilles que nous rapportons dans cette ville surpassent d’un tiers les dépenses de l’armement. Nous avons fait une paix aussi honorable pour Antium qu’elle est ignominieuse pour Rome. Nous vous en présentons ici le traité, et les articles, signés des consuls et des patriciens, et scellés du sceau du sénat.

AUFIDIUS. – Ne lisez pas, nobles sénateurs: mais dites au traître qu’il a abusé à l’excès des pouvoirs que vous lui aviez confiés.

CORIOLAN. – Traître! Comment donc?

AUFIDIUS. – Oui, traître! Marcius!

CORIOLAN. – Marcius!

AUFIDIUS. – Oui, Marcius, Caïus Marcius. Espères-tu que je te ferai l’honneur de te décorer du surnom de Coriolan, que tu as volé dans Corioles? Entendez ma voix, vous, sénateurs; vous, chefs de cet État: il a trahi lâchement vos intérêts, et cédé pour quelques gouttes d’eau Rome qui était à vous. Oui, Rome était à vous, il l’a lâchement cédée à sa femme et à sa mère. Il a violé ses serments, et rompu la trame de ses desseins aussi facilement que le nœud d’un fil usé; et sans qu’il ait assemblé aucun conseil de guerre, à la seule vue des larmes de sa nourrice, de vains gémissements, des clameurs de femmes lui ont fait lâcher une victoire qui était à vous, les pages ont rougi pour lui et les gens de cœur se sont regardés de surprise les uns les autres.

CORIOLAN. – Ô Mars, l’entends-tu?

AUFIDIUS. – Ne nomme point ce dieu, toi, enfant larmoyant.

CORIOLAN. – Ah! dieux!

AUFIDIUS. – Un enfant, rien de plus.

CORIOLAN. – Insigne menteur, tu fais gonfler mon sein d’une rage qu’il ne peut plus contenir. Moi, un enfant? Ô lâche esclave! – Pardonnez, illustres sénateurs; c’est la première fois que j’aie jamais été forcé de quereller en vaines paroles. Votre jugement, mes respectables seigneurs, doit démentir ce misérable roquet; lui-même sera forcé de convenir de son imposture, lui qui porte les traces de mes coups sur son corps et qui les portera jusqu’au tombeau.

PREMIER SÉNATEUR. – Silence, tous deux, et laissez-moi parler.

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