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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиen
Возрастное ограничение12+

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Le chef, d’un mouvement rapide, dégagea son cheval et l’amena en tête, et, montrant le soleil – maintenant tout près des cimes – et puis le château, dit quelque chose que je ne pus comprendre. En réponse, chacun de nos quatre alliés sauta de son cheval, et s’élança vers le chariot. La vue de Jonathan dans un tel danger aurait dû me faire trembler, mais l’ardeur de la bataille me possédait aussi bien que les autres. Je n’éprouvais aucune crainte, seulement un désir sauvage, passionné, d’agir. Devant nos mouvements rapides, le chef des Bohémiens donna un nouvel ordre. Ils se groupèrent aussitôt autour du char en une sorte d’entreprise désordonnée, se bousculant dans leur ardeur à exécuter son ordre.

Au milieu de cette mêlée, je voyais Jonathan d’un côté, Quincey de l’autre, se frayer un chemin vers le char; il leur fallait à tout prix terminer leur tâche avant le coucher du soleil. Rien ne semblait capable de les arrêter ni même de les gêner. Ces armes braquées, l’éclat des couteaux, les hurlements des loups, ils ne semblaient pas même s’en aviser. L’impétuosité de Jonathan, et sa volonté visiblement irréductible, parurent intimider ceux qui lui tenaient tête; ils cédèrent instinctivement et lui livrèrent passage. Une seconde lui suffit pour bondir sur le char, pour saisir avec une vigueur incroyable le grand coffre et le lancer par-dessus bord sur le sol. En même temps, Mr Morris avait forcé le passage de son côté. Pendant que, le souffle coupé, je suivais Jonathan du regard, j’avais vu Mr Morris pousser désespérément son avance; les couteaux des Tziganes l’entouraient d’éclairs tandis qu’il se frayait un passage et lui infligeaient des coups qu’il parait avec son couteau de chasse. Je crus d’abord que lui aussi était en sûreté. Mais lorsqu’il s’élança vers Jonathan, qui avait sauté du char, je vis sa main gauche se crisper sur son flanc et le sang jaillir entre ses doigts. Malgré cela, il continua, et lorsque Jonathan, avec l’énergie du désespoir, attaqua un côté du coffre pour en déclouer le couvercle avec son grand couteau kukri, il s’en prit rageusement à l’autre avec son coutelas. Sous l’effort des deux hommes, le couvercle céda peu à peu; les clous s’arrachèrent avec un brusque gémissement, et ce qui fermait le coffre fut lancé à terre.

Se voyant menacés par les fusils, et à la merci de Lord Godalming et du Dr Seward, les Bohémiens avaient renoncé à toute résistance. Le soleil était très bas et les ombres sur la neige étaient longues. Je vis le comte étendu dans le coffre, sur le sol; des parcelles de bois avaient volé sur le corps lorsque la caisse avait été lancée à bas du char. Le comte était mortellement pâle, semblable à une image de cire. Ses yeux rouges avaient l’affreux regard vindicatif que je ne connaissais que trop bien.

Comme je le regardais, ses yeux aperçurent le soleil déclinant et son regard haineux eut une lueur de triomphe. Mais, à la seconde même, surgit l’éclat du grand couteau de Jonathan. Je jetai un cri en le voyant trancher la gorge. Et au même moment, le coutelas de Mr Morris pénétra en plein cœur.

Ce fut comme un miracle: oui, devant nos yeux et dans le temps d’un soupir, le corps tout entier se réduisit en poussière et disparut.

Pour la joie de ma vie entière, au moment de la dissolution suprême, une expression de paix se répandit sur ce visage où jamais je n’aurais cru que pût apparaître rien de tel.

Le château de Dracula se détachait à présent sur le ciel rouge, et la lumière du couchant dessinait chaque pierre de ses créneaux rompus.

Voyant en nous la cause de l’extraordinaire disparition du mort, les Bohémiens firent demi-tour et, sans un mot, s’enfuirent comme si leur vie en dépendait.

Ceux qui n’étaient pas montés sautèrent sur le chariot en criant aux cavaliers de ne pas les abandonner. Les loups, qui s’étaient retirés à bonne distance, suivirent leurs traces, nous laissant seuls.

Mr Morris était tombé sur le sol, appuyé sur un coude, serrant de la main son flanc d’où le sang jaillissait toujours entre ses doigts. Je courus à lui, car le cercle sacré avait cessé de m’enfermer. Les deux médecins firent de même. Jonathan s’agenouilla derrière lui et le blessé laissa tomber sa tête sur son épaule. Avec un faible effort, il prit en soupirant ma main dans celle des siennes qui n’était pas souillée. Mon angoisse devait se refléter sur mon visage, car il me sourit en disant:

– Je suis trop heureux d’avoir pu servir à quelque chose. Oh! Dieu, s’écria-t-il tout à coup en se redressant à grand-peine pour me désigner, ceci vaut bien que je meure! Voyez, voyez!

Le soleil maintenant rasait la crête et ses feux rouges tombaient sur mon visage qui était éclairé d’une lumière vermeille. D’un mouvement spontané, les hommes tombèrent à genoux, et un grave Amen leur vint à tous tandis qu’ils suivaient du regard le doigt du mourant qui disait:

– Grâces soient rendues à Dieu: tout ceci n’a pas été vain! Voyez, la neige n’est pas plus pure que son front. La malédiction est effacée.

Et, à notre immense chagrin, il mourut: toujours souriant, silencieusement, en parfait gentleman.

1897

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