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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиen
Возрастное ограничение12+

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J’étais encore à contempler ce tableau, quand, soudain, un vent glacé souffla et la neige se mit à tomber. Je pensai aux milles et aux milles que j’avais parcourus dans cette campagne déserte, et j’allai m’abriter sous les arbres, en face de moi. Le ciel s’assombrissait de minute en minute, les flocons de neige tombaient plus serrés et avec une rapidité vertigineuse, si bien qu’il ne fallut pas longtemps pour que la terre, devant moi, autour de moi, devînt un tapis d’une blancheur scintillante dont je ne distinguais pas l’extrémité perdue dans une sorte de brouillard. Je me remis en route, mais le chemin était très mauvais; ses côtés se confondaient ici avec les champs, là avec la lisière du bois, et la neige ne simplifiait pas les choses; aussi ne fus-je pas long à m’apercevoir que je m’étais écarté du chemin, car mes pieds, sous la neige, s’enfonçaient de plus en plus dans l’herbe et, me semblait-il, dans une sorte de mousse. Le vent soufflait avec violence, le froid devenait piquant, et j’en souffrais véritablement, en dépit de l’exercice que j’étais bien forcé de faire dans mes efforts pour avancer. Les tourbillons de neige m’empêchaient presque de garder les yeux ouverts. De temps en temps un éclair déchirait les nues et, l’espace d’une ou deux secondes, je voyais alors devant moi de grands arbres – surtout des ifs et des cyprès couverts de neige.

À l’abri sous les arbres et entouré du silence de la plaine environnante, je n’entendais rien d’autre que le vent siffler au-dessus de ma tête. L’obscurité qu’avait créée l’orage fut engloutie par l’obscurité définitive de la nuit… Puis la tempête parut s’éloigner: il n’y avait plus, par moments, que des rafales d’une violence extrême et, chaque fois, j’avais l’impression que ce cri mystérieux, presque surnaturel, du loup était répété par un écho multiple.

Entre les énormes nuages noirs apparaissait parfois un rayon de lune qui éclairait tout le paysage; je pus de la sorte me rendre compte que j’étais parvenu au bord de ce qui ressemblait vraiment à une forêt d’ifs et de cyprès. Comme la neige avait cessé de tomber, je quittai mon abri pour aller voir de plus près. Je me dis que peut-être je trouverais là une maison, fût-elle en ruine, qui me serait un refuge plus sûr. Longeant la lisière du bois, je m’aperçus que j’en étais séparé par un mur bas; mais un peu plus loin, j’y trouvai une brèche. À cet endroit, la forêt de cyprès s’ouvrait en deux rangées parallèles pour former une allée conduisant à une masse carrée qui devait être un bâtiment. Mais au moment précis où je l’aperçus, des nuages voilèrent la lune, et c’est dans l’obscurité complète que je remontai l’allée. Je frissonnais de froid tout en marchant, mais un refuge m’attendait et cet espoir guidait mes pas; en réalité, j’avançais tel un aveugle.

Je m’arrêtai, étonné du silence soudain. L’orage était passé; et, en sympathie eût-on dit avec le calme de la nature, mon cœur semblait cesser de battre. Cela ne dura qu’un instant, car la lune surgit à nouveau d’entre les nuages et je vis que j’étais dans un cimetière et que le bâtiment carré, au bout de l’allée, était un grand tombeau de marbre, blanc comme la neige qui le recouvrait presque entièrement et recouvrait le cimetière tout entier. Le clair de lune amena un nouveau grondement de l’orage qui menaçait de recommencer et, en même temps, j’entendis les hurlements sourds mais prolongés de loups ou de chiens. Terriblement impressionné, je sentais le froid me transpercer peu à peu et, me semblait-il, jusqu’au cœur même. Alors, tandis que la lune éclairait encore le tombeau de marbre, l’orage, avec une violence accrue, parut revenir sur ses pas.

Poussé par une sorte de fascination, j’approchai de ce mausolée qui se dressait là, seul, assez étrangement; je le contournai et je lus, sur la porte de style dorique, cette inscription en allemand:

COMTESSE DOLINGEN DE GRATZ

STYRIE

ELLE A CHERCHÉ ET TROUVÉ LA MORT

1801.

Au-dessus du tombeau, apparemment fiché dans le marbre – le monument funéraire était composé de plusieurs blocs de marbre – on voyait un long pieu en fer. Revenu de l’autre côté, je déchiffrai ces mots, gravés en caractères russes:

LES MORTS VONT VITE

Tout cela était si insolite et mystérieux que je fus près de m’évanouir. Je commençais à regretter de n’avoir pas suivi le conseil de Johann. Une idée effrayante me vint alors à l’esprit. C’était la nuit de Walpurgis! Walpurgis Nacht!

Oui, la nuit de Walpurgis durant laquelle des milliers et des milliers de gens croient que le diable surgit parmi nous, que les morts sortent de leurs tombes, et que tous les génies malins de la terre, de l’air et des eaux mènent une bacchanale. Je me trouvais au lieu même que le cocher avait voulu éviter à tout prix – dans ce village abandonné depuis des siècles. Ici, on avait enterré la suicidée et j’étais seul devant son tombeau – impuissant, tremblant de froid sous un linceul de neige, un orage violent menaçant à nouveau! Il me fallut faire appel à tout mon courage, à toute ma raison, aux croyances religieuses dans lesquelles j’avais été élevé pour ne pas succomber à la terreur.

Je fus pris bientôt dans une véritable tornade. Le sol tremblait comme sous le trot de centaines de chevaux, et, cette fois, ce ne fut plus une tempête de neige, mais une tempête de grêle qui s’abattit avec une telle force que les grêlons emportaient les feuilles, cassaient les branches si bien que, en un moment, les cyprès ne m’abritèrent plus du tout. Je m’étais précipité sous un autre arbre; mais, là non plus, je ne fus pas longtemps à l’abri, et je cherchai un endroit qui pût m’être vraiment un refuge: la porte du tombeau qui, étant de style dorique, comportait une embrasure très profonde. Là, appuyé contre le bronze massif, j’étais quelque peu protégé des énormes grêlons, car ils ne m’atteignaient plus que par ricochets, après être d’abord tombés dans l’allée ou sur la dalle de marbre.

Soudain, la porte céda, s’entrouvrit vers l’intérieur. Le refuge que m’offrait ce sépulcre me sembla une aubaine par cet orage impitoyable et j’allais y entrer lorsqu’un éclair fourchu illumina toute l’étendue du ciel. À l’instant même, aussi vrai que je suis vivant, je vis, ayant tourné les yeux vers l’obscurité du caveau, une femme très belle, aux joues rondes, aux lèvres vermeilles, étendue sur une civière, et qui semblait dormir. Il y eut un coup de tonnerre, et je fus saisi comme par la main d’un géant qui me rejeta dans la tempête. Tout cela s’était passé si rapidement qu’avant même que je pusse me rendre compte du choc – tant moral que physique – que j’avais reçu, je sentis à nouveau les grêlons s’abattre sur moi. Mais en même temps, j’avais l’impression étrange de n’être pas seul. Je regardai encore en direction du tombeau dont la porte était restée ouverte. Un autre éclair aveuglant parut venir frapper le pieu de fer qui surmontait le monument de marbre, puis se frayer un chemin jusqu’au creux de la terre tout en détruisant la majestueuse sé pulture. La morte, en proie à d’affreuses souffrances, se souleva un moment; les flammes l’entouraient de tous côtés, mais ses cris de douleur étaient étouffés par le bruit du tonnerre. Ce fut ce concert horrible que j’entendis en dernier lieu, car à nouveau la main géante me saisit et m’emporta à travers la grêle, tandis que le cercle des collines autour de moi répercutait les hurlements des loups. Le dernier spectacle dont je me souvienne, est celui d’une foule mouvante et blanche, fort vague à vrai dire, comme si toutes les tombes s’étaient ouvertes pour laisser sortir les fantômes des morts qui se rapprochaient tous de moi à travers les tourbillons de grêle.

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