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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
Возрастное ограничение12+

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Страница 3 из 33

SECOND CITOYEN. – La réponse de votre estomac! quelle fut sa réponse? – Ah! si la tête majestueuse et faite pour la couronne; si l’œil, sentinelle vigilante; si le cœur, notre conseiller; le bras, notre soldat; la jambe, notre coursier; la langue, notre trompette; si tous les autres membres, et cette foule de menus organes qui soutiennent et conservent notre machine; si tous…

MÉNÉNIUS. – Quoi donc! il me coupe la parole, cet homme-là! Eh bien! quoi? Voyons.

SECOND CITOYEN. – Si tous voyaient ce cormoran d’estomac, le gouffre du corps humain, prétendre leur faire la loi…

MÉNÉNIUS. – Eh bien! après?

SECOND CITOYEN. – Si les principaux agents se plaignaient de l’estomac, qu’aurait-il à répondre?

MÉNÉNIUS. – Je vous le dirai, si vous pouvez m’accorder un peu de ce qui est si rare chez vous, un peu de patience; vous la saurez, la réponse de l’estomac.

SECOND CITOYEN. – Vous nous la faites bien attendre.

MÉNÉNIUS. – Remarquez bien ceci, mon ami. Notre grave estomac était réfléchi, et nullement inconsidéré comme ses accusateurs. Voici sa réponse: «Il est vrai, mes amis, vous qui faites partie du corps, dit-il, que je reçois d’abord toute la nourriture qui vous fait vivre, et cela est juste, car je suis l’entrepôt et le magasin du corps entier. Mais si vous y réfléchissez, je renvoie tout par les fleuves de votre sang jusqu’au cœur qui est la cour de l’âme, et jusqu’à la résidence du cerveau: car les canaux qui serpentent dans l’homme, les nerfs les plus forts, les veines les plus petites, reçoivent de moi cette nourriture suffisante qui entretient leur vie, et quoique vous tous à la fois, mes bons amis» (c’est l’estomac qui parle, écoutez-moi)…

SECOND CITOYEN. – Oui, oui. Bien! bien!

MÉNÉNIUS. – «Quoique vous ne puissiez pas voir tout de suite ce que je distribue à chacun en particulier, je peux bien, pour résultat du compte que je vous rends, conclure que vous recevez de moi la farine la plus pure, et qu’il ne me reste à moi que le son.» Eh bien! qu’en dites-vous!

SECOND CITOYEN. – C’était une réponse. Mais quelle application en ferez-vous?

MÉNÉNIUS. – Les sénateurs de Rome sont ce bon estomac, et vous, vous êtes les membres mutinés. Examinez leurs conseils et leurs soins; pesez bien toute chose dans l’intérêt de l’État, vous verrez que tout le bien public, auquel vous avez part, vous vient du sénat, et jamais de vous-mêmes. – Qu’en penses-tu, toi que je vois tenir dans cette assemblée la place du gros orteil dans le corps humain?

SECOND CITOYEN. – Du gros orteil, moi! comment cela?

MÉNÉNIUS. – Parce qu’étant un des plus bas, des plus lâches et des plus pauvres partisans de cette belle révolte, tu vas le premier en avant. Misérable, toi qui es du sang le plus vil, tu es le premier à faire courir les autres là où tu as quelque chose à gagner. – Allons, préparez vos bâtons et vos massues. Rome et ses rats sont à la veille de se battre: il y aura du mal pour un des deux partis. (Caïus Marcus arrive.) – Noble Marcius, salut!

MARCIUS. – Je vous remercie. – De quoi s’agit-il, coquins de factieux, qui, en grattant la gale de vos prétentions, n’avez fait qu’une croûte de vous-mêmes?

SECOND CITOYEN. – Nous avons toujours vos douces paroles.

MARCIUS. – Celui qui t’adresserait de douces paroles serait un flatteur qui m’inspirerait un sentiment au-dessous de l’horreur. – Que demandez-vous, chiens hargneux, qui n’aimez ni la paix ni la guerre! La guerre vous fait peur, la paix vous rend orgueilleux. Celui qui se fie à vous, au lieu de trouver des lions, ne trouve que des lièvres; au lieu de trouver des renards, ne trouve que des oies. Vous n’êtes pas plus sûrs que le charbon sur la glace, ou que la grêle au soleil. Votre vertu consiste à ériger en homme vertueux celui que ses crimes soumettent aux lois, et à blasphémer contre la justice qu’on lui rend. Quiconque mérite la grandeur, mérite votre haine. Vos affections ressemblent au goût d’un malade, dont les désirs se portent sur tout ce qui peut augmenter son mal. S’appuyer sur votre faveur, c’est nager avec des nageoires de plomb, c’est vouloir trancher le chêne avec des roseaux. Allez vous faire pendre! Qu’on se fie à vous! Chaque minute vous voit changer de résolution, appeler grand l’homme qui naguère était l’objet de votre haine, et donner le nom d’infâme à celui que vous nommiez votre couronne! – Quelle est donc la cause qui vous fait élever, des différents quartiers de la ville, ces clameurs séditieuses contre l’auguste sénat? Lui seul, sous les auspices des dieux, vous tient en respect: sans lui, vous vous dévoreriez les uns les autres. – Que cherchent-ils?

MÉNÉNIUS. – Du blé taxé à leur prix, et ils disent que les magasins de Rome sont pleins!

MARCIUS. – Qu’ils aillent se faire pendre! Ils disent! Quoi! ils se tiendront assis au coin de leur feu, et prétendront savoir ce qui se fait au Capitole! juger quel est celui qui peut s’élever, celui qui prospère et celui qui décline, soutenir les factions, arranger des mariages imaginaires, dire que tel parti est fort, et mettre sous leurs souliers de savetier ceux qui ne sont pas à leur gré! Ils disent que le blé ne manque pas! … Si la noblesse mettait un terme à sa pitié, et si elle laissait agir mon épée, je ferais une carrière pour enterrer des milliers de ces esclaves, et leurs cadavres s’entasseraient jusqu’à la hauteur de ma lance.

MÉNÉNIUS. – Mais les voilà, je crois, à peu près persuadés; car bien qu’ils manquent abondamment de discrétion, ils se retirent lâchement. – Que dit, je vous prie, l’autre troupe?

MARCIUS. – Elle est dispersée. Qu’ils aillent se faire pendre! ils disaient que la faim les pressait, et nous étourdissaient de proverbes: La faim brise les pierres; il faut nourrir son chien; la viande est faite pour être mangée; les dieux ne font pas croître le blé seulement pour les riches. Tels étaient les lambeaux de phrases par lesquels ils exhalaient leurs plaintes. On a daigné leur répondre. On leur a accordé leur demande, une demande étrange qui suffirait à briser le cœur de la générosité, et à faire pâlir un pouvoir hardi! ils ont jeté leurs bonnets en l’air comme s’ils eussent voulu les accrocher aux cornes de la lune, et ils ont poussé des cris de jalouse allégresse.

MÉNÉNIUS. – Que leur a-t-on accordé?

MARCIUS. – D’avoir cinq tribuns de leur choix pour soutenir leur vulgaire sagesse. Ils ont nommé Junius Brutus; Sicinius Vélutus en est un autre: le reste… m’est inconnu. – Par la mort! la canaille aurait démoli tous les toits de Rome, plutôt que d’obtenir de moi cette victoire. Avec le temps, elle gagnera encore sur le pouvoir, et trouvera de nouveaux prétextes de révolte.

MÉNÉNIUS. – Étrange événement!

MARCIUS, au peuple. – Allez-vous cacher dans vos maisons, vils restes de la sédition.

(Entre un messager.)

LE MESSAGER. – Où est Caïus Marcius?

MARCIUS. – Me voici. Que viens-tu m’annoncer?

LE MESSAGER. – Les Volsques ont pris les armes, seigneur.

MARCIUS. – J’en suis content; nous allons nous purger de notre superflu moisi. – Voyez, voilà les plus respectables de nos sénateurs!

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