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О книге

Дата написания1970-01-01
Язык книгиfr
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Страница 2 из 26

Encore une fois, sous peine de mort, que tous se séparent!

Tous sortent, excepté Montague, lady Montague et Benvolio.

Montague. – Qui donc a réveillé cette ancienne querelle? Parlez, neveu, étiez-vous là quand les choses ont commencé?

Benvolio. – Les gens de votre adversaire et les vôtres se battaient ici à outrance quand je suis arrivé; j'ai dégainé pour les séparer; à l'instant même est survenu le fougueux Tybalt, l'épée haute, vociférant ses défis à mon oreille, en même temps qu'il agitait sa lame autour de sa tête et pourfendait l'air qui narguait son impuissance par un sifflement. Tandis que nous échangions les coups et les estocades, sont arrivés des deux côtés de nouveaux partisans qui ont combattu jusqu'à ce que le Prince soit venu les séparer

Lady Montague. – Oh! où est donc Roméo? l'avez-vous vu aujourd'hui? Je suis bien aise qu'il n'ait pas été dans cette bagarre.

Benvolio. – Madame, une heure avant que le soleil sacré perçât la vitre d'or de l'Orient, mon esprit agité m'a entraîné à sortir; tout en marchant dans le bois de sycomores qui s'étend à l'ouest de la ville, j'ai vu votre fils qui s'y promenait déjà; je me suis dirigé vers lui, mais, à mon aspect, il s'est dérobé dans les profondeurs du bois. Pour moi, jugeant de ses émotions par les miennes, qui ne sont jamais aussi absorbantes que quand elles sont solitaires, j'ai suivi ma fantaisie sans poursuivre la sienne, et j'ai évité volontiers qui me fuyait si volontiers.

Montague. – Voilà bien des matinées qu'on l'a vu là augmenter de ses larmes la fraîche rosée du matin et à force de soupirs ajouter des nuages aux nuages. Mais, aussitôt que le vivifiant soleil commence, dans le plus lointain Orient, à tirer les rideaux ombreux du lit de l'Aurore, vite mon fils accablé fuit la lumière; il rentre, s'emprisonne dans sa chambre, ferme ses fenêtres, tire le verrou sur le beau jour et se fait une nuit artificielle. Ah! cette humeur sombre lui sera fatale, si de bons conseils n'en dissipent la cause.

Benvolio. – Cette cause, la connaissez-vous, mon noble oncle?

Montague. – Je ne la connais pas et je n'ai pu l'apprendre de lui.

Benvolio. – Avez-vous insisté près de lui suffisamment?

Montague. – J'ai insisté moi-même, ainsi que beaucoup de mes amis; mais il est le seul conseiller de ses passions; il est l'unique confident de lui-même, confident peu sage peut-être, mais aussi secret, aussi impénétrable, aussi fermé à la recherche et à l'examen que le bouton qui est rongé par un ver jaloux avant de pouvoir épanouir à l'air ses pétales embaumés et offrir sa beauté au soleil! Si seulement nous pouvions savoir d'où lui viennent ces douleurs, nous serions aussi empressés pour les guérir que pour les connaître.

Roméo paraît à distance.

Benvolio. – Tenez, le voici qui vient. Éloignez-vous, je vous prie; ou je connaîtrai ses peines, ou je serai bien des fois refusé.

Montague. – Puisses-tu, en restant, être assez heureux pour entendre une confession complète! … Allons, madame, partons! (Sortent Montague et lady Montague.)

Benvolio. – Bonne matinée, cousin!

Roméo. – Le jour est-il si jeune encore?

Benvolio. – Neuf heures viennent de sonner.

Roméo. – Oh! que les heures tristes semblent longues! N'est-ce pas mon père qui vient de partir si vite?

Benvolio. – C'est lui-même. Quelle est donc la tristesse qui allonge les heures de Roméo?

Roméo. – La tristesse de ne pas avoir ce qui les abrégerait.

Benvolio. – Amoureux?

Roméo. – Éperdu…

Benvolio. – D'amour?

Roméo. – Des dédains de celle que j'aime.

Benvolio. – Hélas! faut-il que l'amour si doux en apparence, soit si tyrannique et si cruel à l'épreuve!

Roméo. – Hélas! faut-il que l'amour malgré le bandeau qui l'aveugle, trouve toujours, sans y voir, un chemin vers son but! … Où dînerons-nous? … ô mon Dieu! … Quel était ce tapage? … Mais non, ne me le dis pas, car je sais tout! Ici on a beaucoup à faire avec la haine, mais plus encore avec l'amour… Amour! ô tumultueux amour! ô amoureuse haine! ô tout, créé de rien! ô lourde légèreté! Vanité sérieuse! Informe chaos de ravissantes visions! Plume de plomb, lumineuse fumée, feu glacé, santé maladive! Sommeil toujours éveillé qui n'est pas ce qu'il est! Voilà l'amour que je sens et je n'y sens pas d'amour… Tu ris, n'est-ce pas?

Benvolio. – Non, cousin: je pleurerais plutôt.

Roméo. – Bonne âme! … et de quoi?

Benvolio. – De voir ta bonne âme si accablée.

Roméo. – Oui, tel est l'effet de la sympathie. La douleur ne pesait qu'à mon cœur, et tu veux l'étendre sous la pression de la tienne: cette affection que tu me montres ajoute une peine de plus à l'excès de mes peines. L'amour est une fumée de soupirs; dégagé, c'est une flamme qui étincelle aux yeux des amants; comprimé, c'est une mer qu'alimentent leurs larmes. Qu'est-ce encore? La folle la plus raisonnable, une suffocante amertume, une vivifiante douceur! … Au revoir, mon cousin. (Il va pour sortir)

Benvolio. – Doucement, je vais vous accompagner: vous me faites injure en me quittant ainsi.

Roméo. – Bah! je me suis perdu moi-même; je ne suis plus ici; ce n'est pas Roméo que tu vois, il est ailleurs.

Benvolio. – Dites-moi sérieusement qui vous aimez.

Roméo. – Sérieusement? Roméo ne peut le dire qu'avec des sanglots.

Benvolio. – Avec des sanglots? Non! dites-le-moi sérieusement.

Roméo. – Dis donc à un malade de faire sérieusement son testament! Ah! ta demande s'adresse mal à qui est si mal! Sérieusement, cousin, j'aime une femme.

Benvolio. – En le devinant, j'avais touché juste.

Roméo. – Excellent tireur! … j'ajoute qu'elle est d'une éclatante beauté.

Benvolio. – Plus le but est éclatant, beau cousin, plus il est facile à atteindre.

Roméo. – Ce trait-là frappe à côté; car elle est hors d'atteinte des flèches de Cupidon: elle a le caractère de Diane; armée d'une chasteté à toute épreuve, elle vit à l'abri de l'arc enfantin de l'Amour; elle ne se laisse pas assiéger en termes amoureux, elle se dérobe au choc des regards provocants et ferme son giron à l'or qui séduirait une sainte. Oh! elle est riche en beauté, misérable seulement en ce que ses beaux trésors doivent mourir avec elle!

Benvolio. – Elle a donc juré de vivre toujours chaste?

Roméo. – Elle l'a juré, et cette réserve produit une perte immense. En affamant une telle beauté par ses rigueurs, elle en déshérite toute la postérité. Elle est trop belle, trop sage, trop sagement belle, car elle mérite le ciel en faisant mon désespoir. Elle a juré de n'aimer jamais, et ce serment me tue en me laissant vivre, puisque c'est un vivant qui te parle.

Benvolio. – Suis mon conseil: cesse de penser à elle.

Roméo. – Oh! apprends-moi comment je puis cesser de penser.

Benvolio. – En rendant la liberté à tes yeux: examine d'autres beautés.

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